Yvelines : un incident en cours de français met en lumière une situation de «mal-être» au collège

Collège
La secrétaire générale du Snes-FSU dénonce un "climat très dégradé" et déplore le "manque de soutien (...) de l'institution, Direction académique et rectorat" en dépit de "plusieurs alertes" (illustration). © Ronan Houssin / NurPhoto / NurPhoto via AFP
  • Copié
avec AFP / Crédit photo : Ronan Houssin / NurPhoto / NurPhoto via AFP , modifié à
En raison d'une "situation particulièrement difficile" après un incident survenu jeudi dans un cours où une professeure avait montré une peinture représentant des femmes nues, les enseignants du collège d'Issou, dans les Yvelines, ont exercé leur droit de retrait lundi. Le ministre de l'Education s'est rendu sur place pour y rencontrer l'équipe éducative.

Les enseignants du collège d'Issou (Yvelines) ont cessé de faire classe lundi, exerçant leur droit de retrait après un incident survenu lors d'un cours où une professeure avait montré une peinture de femmes nues, une "goutte d'eau" révélatrice selon eux d'une "situation de mal-être" dans l'établissement. L'incident s'est produit jeudi lorsqu'une professeure de français du collège Jacques-Cartier a montré cette oeuvre du XVIIe siècle, "Diane et Actéon" de Giuseppe Cesari, à des élèves d'une classe de sixième.

Le ministre de l'Education sur place

"Des élèves ont détourné les yeux, se sont sentis offusqués, ont dit être choqués", a rapporté Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, le premier syndicat enseignant en collèges et lycées. "Certains (des élèves) ont prétendu aussi que la professeure aurait tenu des propos racistes" lors d'une heure de "vie de classe", a ajouté Sophie Vénétitay. Un parent d'élève a ensuite envoyé un courriel au chef d'établissement affirmant que son fils avait été empêché de s'exprimer pendant cette heure et qu'il allait porter plainte, a-t-elle poursuivi.

Le ministre de l'Education Gabriel Attal s'est rendu lundi après-midi dans l'établissement pour y rencontrer l'équipe éducative. ll devait s'exprimer vers en fin d'après-midi lors d'une conférence de presse, selon le ministère. Cet incident est la "goutte d'eau qui a fait déborder le vase" dans un collège où l'équipe éducative manque de moyens, ont déploré lundi enseignants et élu interrogés par l'AFP. "Le mal-être perceptible, la multiplication des incidents et l'augmentation des cas de violence caractérisent désormais le quotidien de notre établissement", détaille un courriel, consulté par l'AFP, envoyé vendredi par l'équipe éducative aux parents d'élèves, qui ne mentionne pas l'incident concernant l'œuvre d'art.

"Climat très dégradé"

La secrétaire générale du Snes-FSU a dénoncé un "climat très dégradé" et déploré le "manque de soutien (...) de l'institution, Direction académique et rectorat" en dépit de "plusieurs alertes". Un diagnostic partagé lundi par le maire d'Issou, Lionel Giraud (DVG). "Le droit de retrait porte sur l'accumulation de faits dont celui dont nous parlons mais qui est un fait parmi d'autres", a-t-il insisté devant l'établissement. Le droit de retrait permet à un salarié de cesser son travail en cas de danger imminent pour sa vie ou sa santé. Même son de cloche chez les parents d'élèves de la Peep.

"On comprend la réaction vive des enseignants de ce collège, après les assassinats de Samuel Paty - qui a eu lieu dans les Yvelines aussi - ou encore Dominique Bernard", a commenté auprès de l'AFP Laurent Zameczkowski, porte-parole de cette fédération. "Dans le cas d'Issou, il s'agit d'un établissement où on manque de personnels d'encadrement, CPE ou assistants d'éducation", a-t-il ajouté, jugeant que cette situation avait "suscité des tensions dans les relations". "Les professeurs ici sont en souffrance, ils sont débordés", a témoigné Mélissa, 38 ans, dont les deux enfants sont scolarisés au collège Jacques-Cartier et qui préfère rester anonyme. "Certains profs doivent aller séparer les élèves (lorsqu'ils en viennent aux main, ndlr) dans les couloirs parce qu'ils sont en manque d'effectifs", a-t-elle décrit.

Interrogé par l'AFP, le principal du collège, Vincent Perrillat-Mercerot, a précisé que les professeurs ne souhaitaient pas s'exprimer à ce stade. Il a assuré que, lors de sa visite, Gabriel Attal avait "apporté des réponses (aux demandes du personnel), même si pour le moment nous ne sommes pas fixés en termes de moyens". Contactée, l'académie de Versailles n'a pas souhaité faire de commentaire dans l'immédiat.