Violences, drogues, vols : les gamins des rues, un phénomène qui inquiète en France

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© JOEL SAGET / AFP
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Des mineurs étrangers, entre 10 et 17 ans, sont de plus en plus nombreux à errer dans les quartiers populaires des grandes villes, se livrant à une petite délinquance qui inquiète les riverains.
L'ENQUÊTE DU 8H

Les gamins des rues sont de plus en plus nombreux sur les trottoirs de Paris, mais leur situation n'a rien à voir avec un roman de Victor Hugo. Ils sont mineurs, polytoxicomanes et multi-délinquants. Ils viennent du Maroc, la plupart du temps, où ils ont quitté leur famille en fuguant - certains sont orphelins. La capitale est confrontée à ce problème depuis deux ans, mais il a pris de l'ampleur ces douze derniers mois. D'une petite vingtaine début 2016, ces jeunes sont quatre fois plus nombreux aujourd’hui.

Des riverains inquiets. Et le phénomène ne se cantonne plus seulement à Paris. Dans une dizaine de villes comme à Nantes, Rennes, Strasbourg, Lille, Bordeaux, Toulouse ou même Montpellier, ils sont une poignée d’enfants des rues, de 10 à 17 ans, à semer littéralement la terreur dans des quartiers populaires, comme à la Goutte d’Or à Paris, où ils agressent et dépouillent des riverains et des commerçants très inquiets. "Il y a moins d'une heure, une jeune femme qui passait là s'est fait voler sa chaîne au cou. Et la police ne fait rien", rapporte un habitant. "Ici, ça n'est même plus du fait divers, c'est quotidien. Il y a des vélos volés, des sacoches dans des voitures quand ça n'est pas le sac-à-main d'une personne âgée", raconte encore le tenancier d'une supérette.

"On n'avait pas vu ça depuis 1945". Au grand jour, on peut apercevoir ces enfants en train de sniffer de la colle dans des sacs plastique, avaler des anxiolytiques par plaquettes entières. Ils s’affrontent à coups de couteau et s'automutilent pour oublier leur état. Ces parcours d’errance ont commencé depuis le Maroc, la plupart du temps, dans des camions et des bateaux de marchandises, afin de gagner l'Europe. Mais leur profil diffère totalement des autres réfugiés mineurs. "Vous vous  rendez compte, des gamins dans les rues totalement livrés à eux-même, on n'avait plus connu cette situation depuis 1945", déplore un travailleur social du CASP (Centre d'aide social et protestant). 

Entendu sur europe1 :
Je n'ai qu'un rêve, épouser une femme un jour, avoir deux enfants, un bon travail et une voiture. Rien de plus. Mais vraiment rien

Livrés à eux-même. Parmi les rares gamins qui acceptent de se confier, Mohamed, à peine 14 ans, chétif, et les yeux rougis par le cannabis qu’il fume toute la journée, n’assume ni son quotidien de délinquant ni la drogue. "Ce n'est pas normal. Un gamin de 14 ans ne devrait pas être dans la rue. Il doit être un minimum encadré, sinon il peut lui arriver plein de choses : être violé ou dépouillé. Si c'est le cas, ses parents n'en seront rien", explique-t-il. Et puis cette confidence : "Je n'ai qu'un rêve, épouser une femme un jour, avoir deux enfants, un bon travail et une voiture. Rien de plus. Mais vraiment rien".

Le travail crucial des associations. Et le gros problème, c'est que ces enfants refusent toute forme d'aide. La prise en charge dans les circuits classiques n'a pas de prise sur eux. La ville de Paris a donc décidé de mettre de gros moyens. La municipalité a débloqué 700.000 euros et mandaté une association, le CASP (Centre d'action sociale protestant). Une équipe pluridisciplinaire (13 éducateurs spécialisés, une infirmière et une psychologue) travaille d'arrache-pied pour approcher ces jeunes, réussir à les rassurer, parfois juste pour les soigner. Cette main tendue est indispensable pour obtenir leur confiance et tenter de les arracher à la rue. 

Chansia Euphrosine, en charge du dispositif, se réjouit d’avoir enfin mis en place les premières maraudes avec le Centre d’action sociale protestant. "On commence à avoir des jeunes qui commencent à nous faire confiance, et certains d'entre eux veulent prendre soin de ce lieu, parce qu'ils savent que c'est une possibilité pour eux de sortir de la rue", explique-t-elle. Ces méthodes d’approches sont inédites, bien loin du cadre formel et juridique.

Un plan national réclamé. Avec le temps, ils acceptent par exemple de prendre une douche, un dîner chaud dans ce centre d’accueil de nuit. Mais ces dispositifs sont jugés trop soft. Les élus de terrain pressent le gouvernement de prendre des mesures beaucoup plus radicales. Le maire PS du 18e arrondissement de Paris, Eric Lejoindre a par exemple envoyé un courrier au Premier ministre pour réclamer un plan national. Il souhaite renforcer les contrôles policiers, développé davantage le travail des associations et peut-être même accentuer la coordination avec l'Espagne qui compte de nombreux jeunes en errance sur son sol.