Vincent Lambert : "Il n'est pas malade, il n'est pas en fin de vie", martèle l'avocat des parents

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L'avocat des parents de Vincent Lambert estime sur Europe 1 qu'en validant l'arrêt des traitements, le conseil d'État interprète la loi Leonetti "dans un sens qui n’avait pas été initialement approuvé par les députés et les sénateurs".
INTERVIEW

L'arrêt des traitements de Vincent Lambert, validé par le conseil d'État au mois d'avril, est prévu pour cette semaine. Mais les parents de cet homme, tétraplégique en état végétatif depuis un accident de la route en 2008, s'y opposent fermement. "Il n'y a strictement aucune circonstance médicale qui justifie un arrêt de traitement", affirme leur avocat Jean Paillot, au micro de Nikos Aliagas sur Europe 1, lundi.

Il rappelle notamment que la loi Claeys Leonetti sur la fin de vie "pose comme principe qu'un traitement peut être arrêté lorsqu'il relève d'une obstination déraisonnable" et qu'elle "avait été rédigée à l'origine pour les personnes malades et les personnes en fin de vie". "Le conseil d'État a interprété cette loi en permettant qu'elle s'applique également aux personnes handicapées."

Vincent Lambert "n'est pas en fin de vie"

D'après lui, "la loi Leonetti est interprétée dans un sens qui n’avait pas été initialement approuvé par les députés et les sénateurs" et cela mène "à une discrimination à l'égard des personnes handicapées". "Vincent Lambert n'est atteint d'aucune comorbidité. Il n'est pas malade, il n'est pas en fin de vie. On va provoquer sa fin de vie par sa déshydratation. Celle-ci est absolument injustifiée comme nous le disent tous les médecins spécialistes de cette filière des personnes en état de conscience altérée", plaide-t-il.

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Jean Paillot explique par ailleurs que "le Comité international pour les droits des personnes handicapées a demandé des mesures provisoires qui consistent dans le maintien de l’alimentation et de l’hydratation de Vincent Lambert le temps que ce comité de l’ONU puisse statuer sur le dossier de cette personne". "La France croit pouvoir dire que ces mesures provisoires ne seraient pas obligatoires, ce qui est une erreur de droit invraisemblable." Il estime qu'il n'y a "absolument aucune urgence" à l'arrêt de traitements qui "peuvent encore être parfaitement mis en œuvre pendant ce délai de six mois demandé par ce comité de l'ONU".

"C'est avant tout devenu une affaire politique"

"Nous sommes en présence d'une décision de mesure provisoire qui est obligatoire pour la France. Si la France ne respecte pas, elle sera condamnée pour violation des droits de l’Homme", prévient-il en ajoutant que "cette obligation s'impose également aux médecins". Il évoque notamment le cas du docteur Sanchez du CHU de Reims, qui a fait savoir à la famille qu'il comptait arrêter les soins cette semaine du 20 mai : "Si le Dr Sanchez continue à se croire soutenu par le ministère de la Santé, il n’en sera rien quand il sera dans le box des accusés. Là, il sera tout seul et il se rendra compte qu’en réalité, il a été l’instrument d’un mensonge d’État parce que cette affaire n’est pas une affaire seulement médicale ou judiciaire. C’est avant tout devenu une affaire politique."

Si le processus va à son terme, "ce sera une euthanasie par omission. Ce sera une euthanasie par l'absence d’un soin qui lui est dû", estime Jean Paillot. Et selon lui, "ce problème peut être résolu d'une manière extrêmement simple" en transférant Vincent Lambert "dans un établissement spécialisé" : "Nous en avons plusieurs en France qui ont d'ores et déjà indiqué qu'ils étaient prêts à le prendre. Il sera pris en charge et traité conformément à son état."

Europe 1
Par Grégoire Duhourcau