Victor de l'Aveyron, l'enfant sauvage

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Une image tirée du film "L'enfant sauvage", de François Truffaut (1970).
Une image tirée du film "L'enfant sauvage", de François Truffaut (1970). © Les Films du Carrosse
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Christophe Hondelatte raconte aujourd'hui l'histoire de Victor de l'Aveyron, ce jeune garçon découvert dans un bois à la fin du 18ème siècle.
HONDELATTE RACONTE

Son histoire a donné lieu à un film célèbre : L'enfant sauvage de François Truffaut (1970). Victor de l’Aveyron est un jeune garçon, découvert dans un bois à côté du village de Lacaune en 1797, complètement nu, ne sachant ni lire, ni parler, ni se tenir droit. Mardi dans Hondelatte raconte, le journaliste narre son histoire étonnante.

 

>> De 14h à 15h, c’est Hondelatte raconte sur Europe 1. Retrouvez le replay de l'émission de Christophe Hondelatte ici

La découverte. Un bruit court à l'hiver 1797, dans le village de Lacaune. Des habitants ont vu un enfant, complètement sauvage, dans les bois. Il est nu, traîne avec les animaux et se nourrit de glands, de feuilles. Les semaines passent et la rumeur redouble, au point de devenir une information. Dès lors, que faut-il faire ? Le laisser là où il est, ou bien le capturer ? À l'été 1799, la décision est prise : une poignée de volontaires part dans les bois pour le capturer. On le retrouve dans un taillis, nu et sale, grognant, à quatre pattes et voûté, incapable de se tenir debout. Le jeune garçon est ramené de force au village. Enfermé dans une grange, il devient rapidement une sorte d'attraction. On vient de toutes les bourgades alentours pour le voir. Finalement confié à une veuve du village, il réussit à s'enfuir et retourne dans les bois.

Après ce premier contact avec la civilisation, le "garçon sauvage" va se montrer moins craintif. Depuis qu'il a fui le domicile de la veuve, il ne se cache plus totalement. De temps en temps, on le voit venir réclamer des pommes de terre aux paysans. Un matin, il se présente, de lui-même, chez un teinturier, dans un village de l'Aveyron. Les autorités sont prévenues, l'histoire remonte jusqu'à Paris où Lucien Bonaparte, alors ministre de l'Intérieur, décide de rapatrier l'enfant dans la capitale. Dès lors, la vie de celui qu'on surnomme "l'enfant sauvage" va basculer.

L'arrive à Paris. À Paris, il est d'abord exhibé et montré à des foules qui se pressent pour venir voir cet étrange garçon d'une dizaine d'années qui grogne et ne se tient pas debout. Mais rapidement, il est confié à un médecin : le docteur Philippe Pinel, un ponte de l’époque. Il pratique sur l'enfant toute une batterie de tests. Le professionnel de santé essaye des méthodes utilisées chez les sourds-muets pour le faire s'exprimer. Malgré la volonté du médecin, rien n'y fait. L'enfant ne sait pas ouvrir une porte, ne sait pas se tenir sur une chaise et il ne prononce qu'un seul son : "o". Pour le docteur Pinel, cet enfant est idiot de naissance, il n'est pas devenu idiot, et c'est sans doute pour ça qu'il a été abandonné dans les bois. 

Les quatre années avec le docteur Itard. Un autre médecin veut à son tour examiner l'enfant : Jean Itard. Son défi ? Éduquer l'enfant pour en faire un homme, il souhaite démontrer que l'on devient civilisé par apprentissage. Il re-baptise l'enfant et l'appelle Victor. À son tour, le docteur Itard mène une batterie de tests. Pour le médecin, Victor a un problème essentiel : la sensibilité. Il ne réagit pas à un coup de feu, mais sursaute dès qu'on brise une noix derrière lui. Jean Itard se met alors en tête de lui apprendre la chaleur, on le chatouille pour le faire réagir, on fait tomber des gouttes d'eau dans son bain pour voir sa réaction, etc.

Jean Itard connaît de vrais progrès avec Victor. Il arrive même à lui faire prononcer le mot "lait". Mais Victor ne parle pas, ne sait pas lire. Il sait aller chercher un couteau quand on lui montre un dessin de couteau, mais rien n'est instinctif. Après quatre années entièrement consacrées au jeune garçon, Jean Itard rédige un dernier rapport, de 80 pages, puis passe à autre chose. Victor finira ses jours auprès d'une gouvernante, qui l'avait suivi pendant toutes ses années aux côtés des médecins. Il meurt à Paris en 1828, sans savoir parler, ni lire, ni écrire.

Beaucoup de spécialistes, a posteriori et alors que la médecine a progressé, se sont penchés sur le cas de Victor de l'Aveyron. Avec le recul, ils estiment que Victor était sans doute sujet à une forme d'autisme, ou à une psychose de l'enfance. Rien ne prouve, en effet, qu'il ait grandi pendant des années dans les bois. Lors de sa découverte en 1797, il avait peut-être été abandonné seulement depuis quelques jours. Un mystère pour toujours.

Europe 1
Par Guillaume Perrodeau