"Une catastrophe annoncée" : les avocats manifestent contre la réforme des retraites

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Invitée de la matinale de Matthieu Belliard sur Europe 1, lundi, Marie-Aimée Peyron, bâtonnier du bureau de Paris, demande au gouvernement de faire sortir le régime autonome des avocats de la réforme des retraites.
INTERVIEW

Les avocats se mobilisent contre la réforme des retraites : lundi, dans plusieurs villes, ils vont défiler en compagnie d'une dizaine d'autres professions libérales pour protester contre l'intégration de leur régime autonomes à un système universel à points prôné par Emmanuel Macron. À Paris, 160 barreaux sur 164 vont battre le pavé de l'Opéra à Nation, dès 13 heures. Car selon eux, les pertes seront bien supérieures aux gains générés par une telle réforme.

Pour Marie-Aimée Peyron, bâtonnier du Barreau de Paris et invitée de la matinale de Matthieu Belliard sur Europe 1, cette réforme portée par Jean-Paul Delevoye est "une catastrophe économique et sociale annoncée, pour les avocats et bon nombre de professions libérales".

Le doublement des cotisations dans le viseur

"Nous ne sommes pas un régime spécial mais un régime autonome, qui ne coûte pas un centime d'euro à l'État", nuance le bâtonnier. "Cette réforme va amener un doublement de nos cotisations et une baisse des prestations." Concrètement, les cotisations des avocats vont passer de 14% à 28%. 

Or, les avocats ne sont pas tous des ténors du bureau très fortement rémunérés. Le revenu médian des avocats est de 44.000 euros annuels, un peu en dessous de 4.000 euros bruts. "Nous avons bon nombre d'avocats de faibles revenus, avec des charges sociales extrêmement importantes. Avec un doublement des charges, c'est juste insupportable", dénonce Marie-Aimée Peyron sur notre antenne.

" C'est comme si on venait chercher votre assurance-vie en disant que ça appartient à l'État "

Comment expliquer in fine le refus des avocats d'intégrer le régime à points ? L'explication se trouve peut-être dans le fait que le régime des avocats, autonome depuis 1941, est à l'équilibre, avec deux milliards d'euros d'excédents dans les caisses. "On ne demande rien à l'État. La caisse reverse au régime général 100 millions d'euros", rappelle le bâtonnier de Paris. "C'est comme si on venait chercher votre assurance-vie en disant que ça appartient à l'État pour combler la dette."

"C'est le justiciable qui va payer"

Et les conséquences de cette réforme sont inquiétantes, à en croire l'avocate : "Pour un avocat qui ne va plus pouvoir supporter ces cotisations, la solution est de réduire ses dépenses, comme l'embauche. On ne peut plus vivre, tout simplement." Ses inquiétudes portent particulièrement vers ceux qui "travaillent au titre de l'aide juridictionnelle et font du pro bono (un travail gratuit, NDLR)". Selon elle, cette réforme revient à "mettre à mal" ce métier : "Et quand on met à mal la profession d'avocats, on met à mal la justice et les Français. Au bout du compte, c'est le justiciable qui va payer."

Face à cette gronde, Édouard Philippe a promis de se pencher sur les professions "fortement impactées" par cette réforme. Que lui demandent les avocats ? "Nous souhaitons que notre régime et les autres régimes autonomes sortent complètement de la réforme. Les régimes qui n'ont rien à voir avec l'État n'ont rien à faire dans cette réforme", résume Marie-Aimée Peyron, qui prévient : "Notre cause est juste et notre mobilisation ne faiblira pas." Le premier moment de cette grogne est prévue à 13 heures, lundi.

Europe 1
Par Thibaud Le Meneec