Un conducteur de métro non-gréviste témoigne : "On nous fera la misère si on vient travailler"

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(Photo d'illustration.) 6:05
(Photo d'illustration.) © MIGUEL MEDINA / AFP
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Kamel, conducteur de métro RATP qui refuse de faire grève notamment pour des raisons financières, raconte les pressions exercées par ses collègues grévistes. "On m’a prévenu que pour mon bien il ne fallait pas venir travailler", assure-t-il sur Europe 1, sous couvert d'anonymat.
INTERVIEW

La grève contre la réforme des retraites est très suivie à la RATP. Quelques agents, comme Kamel*, ont cependant choisi de ne pas suivre le mouvement. Mais ce conducteur de métro subit de plein fouet les pressions exercées par ses collègues grévistes. "Il y a des menaces, parfois des insultes, on nous fera la misère si on viendra travailler. On m’a prévenu que pour mon bien il ne fallait pas venir travailler. J’étais venu travailler lors du premier jour de travail, on m’a bien fait comprendre qu’il ne fallait pas que je continue comme ça", témoigne le conducteur de métro, mardi matin sur Europe 1.

Pour éviter de ne pas être "catalogué" comme non-gréviste, Kamel s’est mis en arrêt maladie. "Je ne suis pas gréviste, j’ai été contraint de me mettre en arrêt maladie. C’est plus simple d’aller voir son médecin que de se mettre en grève", assure-t-il.

"Il y a des listes sur les réseaux sociaux avec les noms des gens qui ne font pas grève"

Kamel raconte le climat social très tendu au sein de la RATP, alors qu’une nouvelle journée de manifestation a lieu mardi dans toute la France. "Une partie des grévistes sont sur les quais pour vous insulter, vous menacer et vous dire d’arrêter de travailler sous peine d’avoir des représailles. Pour d’autres, c’était des menaces d’aller leur crever les pneus. Il y a aussi des listes de diffusion sur les réseaux sociaux avec les noms des gens qui ne font pas grève, comme sur Whatsapp", assure-t-il.

"(Des responsables syndicaux) sont au courant, mais je n’ai eu aucun retour pour l’instant. Il n’y a eu aucune protection fiable pour ceux qui veulent travailler. (Les syndicats) nous font bien comprendre que ce n’est pas bien de travailler, qu’on casse la grève et que c’est à cause de nous si on perd les acquis sociaux. Et que pour notre confort dans les mois et années à venir il vaut mieux se mettre en grève pour ne pas subir de pression de leur part."

"Je ne peux pas me permettre de perdre autant d'argent sur une grève"

Le conducteur de métro assure comprendre les raisons de la grève, mais dit ne pas pouvoir se joindre au mouvement, sous peine d'une lourde perte financière. "Je suis d’accord avec le mouvement, mais personnellement je ne peux pas me permettre de perdre autant d’argent sur une grève. Ils n’arrivent pas à comprendre qu’il y a des cas particuliers, que tout le monde est différent et que tout le monde ne peut pas se permettre de faire grève", se désole-t-il. 

"Dans notre travail on se fait fréquemment insulter par des voyageurs, mais là c’est avec des collègues, au sein de l’entreprise. C’est quelque chose de vraiment difficile. Je leur dis bonjour tous les jours, on est comme une famille, c’est ça qui est d’autant plus choquant. Ce sont des gens qu’on apprécie de base. Ça va être difficile pour tous ceux qui n’ont pas fait grève dès le début, ils ont été clairement fichés et dénoncés comme étant de mauvais éléments."

*Le prénom a été changé