Sur la plateforme de débat des gilets jaunes, des revendications assez semblables au grand débat

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Des "gilets jaunes" avaient lancé leur propre site de contribution pour le grand débat.
Des "gilets jaunes" avaient lancé leur propre site de contribution pour le grand débat. © Capture d'écran/le-vrai-debat.fr
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Lancé par des "gilets jaunes", le site du "Vrai débat" a permis de recueillir quelque 25.000 propositions, et de dégager des tendances qui se rapprochent des contributions du grand débat lancé par l'exécutif. 

Réforme des institutions et du fonctionnement politique, justice fiscale, meilleur service public et écologie... : les "gilets jaunes" avaient également monté leur propre plateforme et voté sur leurs revendications... assez semblables à celles du "grand débat national" clos ce lundi. Lancé en novembre par un collectif de "Gilets jaunes de la Réunion", le site du "Vrai débat" est finalement devenu national et, du 30 janvier au 3 mars, a collecté toutes les "revendications" des citoyens sur "les sujets de [leur] choix sans aucune exclusion".

Détail marquant : le logiciel utilisé était le même que celui du gouvernement pour son grand débat, mis à disposition gracieusement par la société Cap Collectif. Au total, 44.576 identifiants d'utilisateurs ont été enregistrés sur le site du "Vrai Débat". Ces derniers ont fait 25.229 propositions, et ont généré 898.790 votes. De cette consultation se sont dégagées un certain nombre de "propositions consensuelles favorables" qui constituent quatre "grands blocs assez clairs", explique Jean-Claude Zancarini, professeur émérite au Laboratoire CNRS Triangle de Lyon, qui a travaillé sur le traitement des données issues de la plateforme.

 

Le RIC au cœur des revendications

Au menu : la "question du fonctionnement politique, de la démocratie" (Référendum d'initiative citoyenne (RIC), prise en compte du vote blanc ou nul, contre les privilèges des élus - mais pas contre les élus), "la justice fiscale et la justice sociale", "un meilleur service public, avec une demande massive de proximité, des nationalisations, des renationalisations" et enfin des "revendications écologiques". Dans le top 100 des propositions, la "suppression des rémunérations et privilèges de tous les élus (y compris le président) après la fin d'un mandat", l'inscription du "RIC dans la Constitution", "casier vierge pour les élus", "prise en compte du vote blanc ou nul en tant que suffrage exprimé et invalidation d'une élection s'il est majoritaire" ou encore la "nationalisation des autoroutes amorties".

Des tendances qui se rapprochent des contributions du grand débat, organisé par le gouvernement (via le site Internet dédié, des cahiers citoyens, des réunions d'initiative locale et des conférences citoyennes). "Il y a plein de sentiments partagés des deux côtés. C'est la France quoi, il n'y a pas de séparation entre un groupe d'excités et puis les autres (...) la grosse différence, c'est le Référendum d'initiative citoyenne", analyse Jean-Claude Zancarini. Sur le site, les chercheurs qui ont participé à l'étude des résultats avertissent toutefois : "Une consultation en ligne n'est pas une enquête sociologique. On ne contrôle pas l'échantillon et on connaît très peu de choses sur les participant-e-s" (profession, lieu d'habitation, etc.). "1% des utilisateurs ont écrit 35% des propositions et 44% des arguments", est-il encore souligné.

 

"Une perte de temps et d'argent", pour Jérome Rodrigues. Jérôme Rodrigues, figure des "gilets jaunes", estime que le "grand débat national" a été une "perte de temps et d'argent". Edouard Philippe a présenté lundi le bilan du grand débat lancé par l'exécutif et, relevant "une immense exaspération fiscale", a jugé que le gouvernement devait "baisser plus vite les impôts". "Ils ont fait deux mois de débat pour qu'au final, la première information à ressortir, c'est une exaspération fiscale ? Mais le 17 novembre, on est descendu pour quoi ? A défaut de parler de violences, il aurait peut-être fallu nous écouter", a ironisé Jérôme Rodrigues, interrogé par l'AFP. "C'est une perte de temps, une perte d'argent".