Suppression de postes dans l’Education nationale : la difficile équation de Blanquer

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En annonçant la suppression de 1.800 postes dans l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer a fâché les syndicats.
En annonçant la suppression de 1.800 postes dans l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer a fâché les syndicats. © JOEL SAGET / AFP
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Aux syndicats qui s’élèvent pour protester contre la suppression annoncée de 1.800 postes dans le secondaire à la rentrée prochaine, le ministre de l’Education rassure en répondant qu’il n’y aura pas un élève supplémentaire par classe. Une formule compliquée à défendre.

C’est avec un luxe immense de précaution que Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Education nationale, a annoncé, lundi dans Le Figaro, la suppression de 1.800 postes dans le secondaire pour la rentrée prochaine. Il a d’abord tenu à préciser que le budget de son ministère augmenterait de 850 millions d’euros l’an prochain. Aux professeurs ensuite, il a aussi assuré qu’il se souciait de leur pouvoir d’achat. Aux parents d’élèves enfin, Jean-Michel Blanquer a assuré que le taux d’encadrement ne sera pas dégradé. En clair, ces suppressions de postes ne déboucheront pas sur des classes plus chargées. Ces annonces ont toutefois laissé les syndicats sceptiques face à l’équation à deux inconnues du ministre.

  • Première inconnue : les effectifs

Le premier élément que les syndicats mettent en avant, c’est la démographie. En raison du nombre de naissance enregistrés entre 2007 et 2011, il est aisé de prédire les augmentations d’effectifs dans les années à venir. "Les effectifs vont augmenter de 26.000 élèves en 2018, puis de 40.000 en 2019", explique le site du ministère de l’Education.  "L’augmentation des effectifs constatée en collège à la rentrée 2017 va se poursuivre jusqu’à la rentrée 2021 et sera suivie d’une stabilisation en 2022. L’augmentation sera particulièrement forte en 2018 et 2019", peut-on encore lire. "On va avoir moins de profs et plus d'élèves", a résumé sur Franceinfo Frédérique Rolet, du syndicat d'enseignants du second degré Snes-FSU. Dès lors, difficile d’imaginer que les élèves ne seront pas plus nombreux par classe.

D'autant que pour certains, dont des parents d’élèves la situation est déjà tendue. "Ce qui est scandaleux, c'est qu'on a énormément de difficultés à remplacer les professeurs lorsqu'ils sont malades ou en formation. Il n'y a pas assez de postes dans le secondaire", pointe ainsi Jean-Jacques Renard, vice-président de la FCPE Paris, sur Franceinfo.

Tout cela sans compter les disciplines déjà en tension, dans lesquelles chaque poste ne trouve pas forcément preneur à l’issue du concours. Ainsi, en juillet, 2018, 1.068 personnes ont décroché le Capes de mathématiques, pour 1.183 postes. Même souci en lettres classiques, avec 80 reçus pour 183 postes. Résultat, près de 20% des effectifs employés par le système scolaire sont contractuels. "Ils ne représentent que 4% du personnel enseignant", minimise Jean-Michel Blanquer dans Le Figaro.

La réponse de Blanquer. Le ministre de l’Education nationale l’affirme d’ailleurs : les 1.800 postes supprimés ne seront pas tous occupés par un professeur. "Il y a au moins 400 postes administratifs  en moins, et probablement davantage, c'est des choses qui doivent s'affiner avec le temps et même avec la discussion budgétaire", a déclaré Jean-Michel Blanquer sur France Inter.

Autre solution, pour le ministre : la réforme du lycée et du baccalauréat. "Elle va nous permettre d’organiser différemment les classes. Nous n’aurons plus des séries littéraires à 15 élèves et de l’autre côté des classes scientifiques à 35", assure-t-il dans Le Figaro, sans expliquer d’où il tient cette répartition. "Avec les cours communs qui occuperont la moitié du temps des élèves, ces derniers seront mieux répartis."

  • Deuxième inconnue : le pouvoir d’achat

Pour pouvoir faire passer la pilule, Jean-Michel Blanquer a parlé portefeuille aux enseignants. "Une autre grande priorité, c'est l'augmentation du pouvoir d'achat des professeurs. J'ai entamé le dialogue social sur le sujet", a encore assuré Jean-Michel Blanquer, qui entend "redonner aux professeurs une place centrale dans la société".

"Au lieu de recruter, il va demander aux enseignants de travailler plus, ce qui est une vielle recette qui n’a déjà pas fonctionnée", pointe sur Europe 1 Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU. "Ça va créer des inégalités. On sait par exemple que c’est plus difficile pour les femmes, même si elles le souhaitaient, de faire des heures supplémentaires", poursuit la syndicaliste.

Actuellement, la loi permet aux chefs d’établissement d’imposer aux enseignants une heure supplémentaire obligatoire. Cela pourra désormais être deux, selon le vœu du ministre de l’Education. "Outre le fait que cela ne ferait qu’alourdir encore la charge de travail, les conditions actuelles d’enseignement conduisent déjà une majorité d’enseignants à devoir faire des heures supplémentaires", réplique le SNES-FSU dans un communiqué.

La réponse de Blanquer. Conscient des blocages potentiels, Jean-Michel Blanquer affine sa démonstration. Assurant le service après-vente de son interview au Figaro, il a osé un objectif lundi matin sur France Inter. "Je pense déjà que, à la fin du quinquennat, un professeur débutant doit avoir 1.000 euros de plus sur une année en début de carrière", a lâché la ministre. Sur la méthode et le calendrier, pas plus de précision, cela dit, mais un outil supplémentaire. "Je vais créer un observatoire du pouvoir d’achat des professeurs pour nourrir le dialogue social et avoir une vision à l’échelle du quinquennat des augmentations que nous allons faire", a annoncé Jean-Michel Blanquer. Reste à savoir si les syndicats se contenteront d’attendre les conclusions de cette nouvelle instance.