Sandrine a fait don des organes de son fils de 8 ans : "On se dit que notre petit garçon est un héros"

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En octobre 2013, Sandrine a perdu son fils de 8 ans des suites d'un accident. Avec son mari, elle a accepté de donner son cœur et ses reins. La mère de famille souhaite aujourd'hui sensibiliser les autres parents sur ce sujet tabou.
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En octobre 2013, Logan, 8 ans, est victime d'un grave accident domestique. Après une semaine passée à l'hôpital, les médecins annoncent à ses parents que la médecine ne peut plus rien faire pour lui. Sandrine accepte alors de donner les organes de son fils. Une étape difficile à vivre, mais qui lui a permis de mieux vivre son deuil, comme elle le raconte au micro Europe 1 d'Olivier Delacroix, mardi. Pour ces mêmes raisons, cette mère de famille tente depuis de sensibiliser les autres parents à la question.

"Quand les médecins nous ont réuni pour nous annoncer que la médecine avait ses limites, ils nous ont proposé deux solutions : soit de débrancher les machines, et à ce moment-là Logan serait parti tout seul, soit de poursuivre les traitements, en arrêtant petit à petit les antibiotiques, et de faire un don d'organes. En tant que parents adultes on en parlait, on y était favorable. Mais évidemment, on n'avait jamais envisagé ça pour nos enfants, ça paraissait impensable.

Ce qui m'a poussé à accepter, c'est le fait que Logan ait eu besoin d'une transfusion pendant la semaine où il était hospitalisé. Puis on en a beaucoup parlé avec mon mari, on a beaucoup réfléchi et on a tout de suite senti que ça pouvait nous aider pour la suite et en aider d'autres.

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Dans un premier temps, j'avais dit : 'On ne touche pas à son cœur'. Pour moi, ce n'était pas possible. Et puis on s'est dit que si on faisait ce geste-là, autant aller jusqu'au bout. Finalement, son cœur a été prélevé ainsi que ses deux reins, ce qui a fait que Logan a pu sauver trois enfants."

Une image reste gravée en elle : celle des portes de l'ascenseur qui se referment sur son petit garçon lorsqu'on l'a emmené pour la dernière fois. À partir de ce moment, les deux parents n'ont bénéficié d'aucun accompagnement psychologique.

"Ce qui s'est passé, c'est qu'évidemment, toute l'équipe médicale s'est concentrée sur Logan, puisqu'il y a toute une démarche très compliquée, et qu'ils étaient dans l'urgence. Mais ils n'ont pas pensé à nous en tant que parents. Cette dernière image, quand on voit toute l'équipe médicale partir avec Logan et que nous, on reste dans le couloir tout seuls on se sent complètement anéantis, perdus, c'est très très compliqué.

Après, on a la possibilité de rester en contact avec le centre de prélèvement du don d'organes, bien évidemment, on peut avoir des nouvelles ou téléphoner, mais à l'instant T, personne. On est resté toute la semaine au chevet de Logan, 24 heures sur 24, on est rentré à l'hôpital avec lui le lundi, on est reparti le dimanche, sans lui. Pour des parents, c'est la pire épreuve qui puisse arriver. Il y a encore des efforts à faire à ce niveau-là. C'est pour cela qu'il faut vraiment parler du don d'organes."

Après cet événement, la création d'une association lui est apparue évidente. C'est ainsi qu'est né "Un but pour Logan".

"On s'est dit que par là où on est passé, forcément, d'autres parents allaient y passer. Et il était hors de question que je reste sans rien faire. Logan est parti le 6 octobre et l'association a vu le jour en janvier 2014, pour faire comprendre aux parents qu'au-delà de ces tragédies, il y a quand même de l'espoir et que pour le deuil, c'est très important.

Nous, ça a vraiment été une étape très très importante. Déjà, de se dire que trois enfants ont pu être sauvés grâce à Logan, c'est vraiment quelque chose. On s'est dit : 'Notre petit garçon est un héros !'. Cela laisse l'espoir et la vie. Et c'était hors de question qu'on dise 'non' à la vie.

Le don d'organe, on en parle en général mais on n'en parle pas chez les enfants. Et malheureusement, il y a beaucoup d'enfants en attente de greffe et il ne faut pas l'oublier."

Avec son association, elle organise également des ateliers avec les enfants pour les sensibiliser au don d'organes.

"Ce sont forcément les parents qui décident, tant que les enfants ne sont pas majeurs. Mais les enfants réagissent très bien, mieux que les adultes. C'est à peine croyable mais pour eux, c'est d'un naturel… La seule question qui revient assez souvent, c'est pourquoi Logan n'a pas été sauvé ? À côté de ça, ils comprennent."

Qui peut donner ses organes et que dit la loi ?

La loi nous renvoie à un principe de solidarité : nous sommes tous donneurs potentiels à moins de s'y être opposé de notre vivant. Alors que le cap des 6.000 greffes d'organes a été dépassé en 2017, la loi n'impose aucun âge limite. Les donneurs âgés de plus de 65 ans représentent d'ailleurs plus de 40% des dons. "Ce qui importe, c'est l'état de l'organe tel qu'il va être explanté chez son donneur et réutilisé en transplantation humaine", précise sur Europe 1 le docteur Benoit Averland, de l'Agence de la biomédecine. "On prélève de plus en plus des gens avancés dans l'âge de la vie, tout simplement parce que nous vieillissons tous de mieux en mieux. On prélève même parfois au-delà de 90 ans", note-t-il à ce propos. En France, plus de 63.000 personnes vivent aujourd'hui grâce à un organe greffé.