Pour sensibiliser les jeunes au devoir de mémoire, la région Grand Est, en partenariat avec le Mémorial de la Shoah, organise chaque année des voyages scolaires d’une journée pour des centaines de lycéens dans les camps de concentration d’Auschwitz-Birkenau. Europe 1 a accompagné un de ces groupes d'élèves lors d'une journée mémorielle intense en émotions.
Plus de 80 ans après l’Holocauste, 20 ans après l’assassinat d’Ilan Halimi, l’antisémitisme persiste encore en France et ailleurs, notamment chez les jeunes. Pour tenter de les sensibiliser, rien de tel qu’une plongée au cœur de l’horreur.
Depuis bientôt 20 ans, la région Grand Est, en partenariat avec le Mémorial de la Shoah, organise chaque année des voyages scolaires d’une journée pour des centaines de lycéens dans les camps de concentration d’Auschwitz-Birkenau, en Pologne.
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Depuis 2007, 4.000 lycéens de la région Grand Est ont eu la chance de pouvoir, durant une journée, visiter les camps de concentration nazis d’Auschwitz-Birkenau. Un devoir de mémoire essentiel pour sensibiliser ces jeunes aux atroces dérives de l’antisémitisme.
"C’est très éprouvant de voir tout cela"
La visite des camps de concentration d’Auschwitz-Birkenau démarre par la Judenrampe, la voie ferrée où s’arrêtaient les wagons pleins à craquer de déportés. Reste encore un wagon à bestiaux en bois, sans fenêtres. "Ce sont plus de 500.000 déportés juifs qui sont arrivés ici", explique Olivier Lalieu, responsable des projets externes au Mémorial de la Shoah, à la classe de lycéens pour laquelle il sert aujourd’hui de guide. "80% des Juifs sont directement envoyés vers les chambres à gaz", poursuit-il.
Les lycéens de terminale du lycée Montaigne de Mulhouse sont silencieux, concentrés, curieux. Ils entrent dans un baraquement de prisonniers, les pieds dans la boue. "C’est très éprouvant de voir tout cela", souffle Meïssa, élève en classe de terminale.

"Le voir rend les choses plus réelles"
Les adolescents, qui ont longuement travaillé sur l’histoire de la Shoah en classe, semblent profondément touchés et perçoivent parfaitement l’aspect solennel et essentiel de cette journée. "Certes, on en parle à l’école, mais le voir rend les choses plus réelles", explique Meïssa.
"C’est important de transmettre ce genre de choses", ajoute Louis, l’un de ses camarades. "Et même pour les générations futures, forcément cela se perd avec le temps", regrette le jeune homme.
"Il faut apprendre de l’erreur de notre humanité", estime la lycéenne. "C’est encore d’actualité, sachant que certains nient même ce qu’il s’est passé ici. Pour moi c’est atroce de penser comme cela", déclare Meïssa.
"Peut-être qu’on entendra moins de propos antisémites dans nos classes"
"Il n’y a rien de mieux que de visiter le site lui-même", estime Brigitte Magy, enseignante en histoire au lycée Montaigne de Mulhouse, qui accompagne aujourd’hui ses élèves. "Et je pense qu’au niveau du racisme, des discriminations, peut-être que cela fera son chemin et qu’on entendra moins de propos antisémites dans nos classes", espère-t-elle. "Là, je vois les élèves marqués, donc pour moi le pari est réussi", conclut-elle dans un sourire.
La visite se termine dans ces salles où sont encore entassées des piles de cheveux, de chaussures des personnes exterminées ici. Puis les lycéens entrent, à la nuit tombée, dans une chambre à gaz reconstituée, juste à côté de son four crématoire. Un moment violent, inoubliable. La semaine dernière, ce sont ainsi 600 lycéens du Grand Est qui ont pu plonger pour quelques heures dans l’enfer de la Shoah.