Rapport sur la radicalisation dans les services publics : "On a voulu impulser une prise de conscience"

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Éric Poulliat, député LREM et co-rapporteur de la mission d’information sur la radicalisation dans les services publics, évoque sur Europe 1 les "zones d'ombre" persistantes dans certains domaines comme la santé ou le sport.
INTERVIEW

Il se veut rassurant, mais appelle à rester vigilant. Sur Europe 1, Éric Poulliat, député LREM de Gironde, a détaillé les conclusions du rapport parlementaire qu'il a mené avec son homologue des Bouches-du-Rhône Éric Diard (LR), sur la radicalisation dans les services publics. Si les secteurs cruciaux que sont la sécurité et l'éducation sont peu touchés par cette radicalisation, le rapport s'inquiète de "zones d'ombre" persistantes dans la santé, l'université, les transports, la détention carcérale et le sport.

"Le problème du sport, c'est qu'il y a une multiplicité d'acteurs"

"Dans le sport, il y a deux aspects : un fait communautaire, c'est-à-dire qu'on va séparer les hommes et les femmes, ne pas se doucher de telle façon, ne pas proposer de boisson alcoolisée, ne pas faire de 3ème mi-temps… On va pratiquer le sport selon des préceptes qui ne sont pas forcément ceux de la République. Et d'un autre côté, des pratiques de développement coordonné de sports de combat, d'aguerrissement, pour faire de vous un combattant, quelqu'un qui est résistant", souligne Éric Poulliat au micro de Matthieu Belliard. "C'est quand on fait converger ces aspects qu'on peut se dire que ce n'est pas une pratique de loisirs et que c'est un peu dogmatisé." "Le problème du sport, c'est qu'il y a une multiplicité d'acteurs, d'intervenants, et de financements qui font qu'il est difficile de coordonner une action de renseignement efficace", appuie encore l'élu.

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Éric Poulliat évoque également le milieu de la santé, touché lui aussi par la radicalisation, selon le rapport. Et cela s'explique pour deux raisons, selon l'élu. "Il y a d'abord une raison culturelle : les personnels de soins ont l'habitude de gérer leurs patients de manière collaborative et dans le secret médical. Ils n'ont donc pas une culture de transmission de l'information et surtout de remontée de renseignements personnels. Il faut donc augmenter ça", préconise-t-il. "Les référents radicalisation au sein des agences régionales de santé (ARS) ne sont pas assez en contact avec les établissements hospitaliers notamment", regrette-t-il encore.

"Il faut élargir les enquêtes administratives aux sous-traitants"

Côté transports, à l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle, sur 80.000 personnes titulaires d'un badge d'accès aux zones "réservés", 80 personnes font l'objet d'un suivi régulier pour radicalisation et 29 d'un suivi ponctuel, note le rapport. "On pense qu'il faut encore augmenter le niveau d'enquête administrative, il faut l'élargir aux sous-traitants", presse le député LREM.  La RATP a indiqué par ailleurs à ses auteurs avoir reçu plus d'une centaine d'avis négatifs sur des candidatures d'agents de la part du Service national des enquêtes administratives de sécurité (SNEAS), créé en 2017 et chargé de détecter les profils suspects au sein de l'administration. Avec des moyens encore limités (23 agents et 5 réservistes), le SNEAS a réalisé 318.464 enquêtes en 2018, dont 485 ont donné lieu à des avis défavorables, dont 116 dans les transports publics et 5 dans la police.

Reste à savoir ce que l'exécutif compte faire maintenant de ce rapport. "On a voulu impulser une prise de conscience dans certains domaines où il faut véritablement une réaction, d'abord du côté des acteurs concernés, et du côté du gouvernement. On attend cet élargissement des compétences du SNEAS, et quelques évolutions législatives." Les deux députés s'interrogent par exemple sur la façon dont sont licenciés les fonctionnaires radicalisés.