Rapport sur la biodiversité : "Des solutions, on en connaît mais il faut du courage politique pour les mettre en place"

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Après une semaine de négociations, les membres de l'IPBES rendent lundi un rapport alarmant sur l'état de la biodiversité mondiale mais qui contient également des solutions. C'est sur cet aspect que Jean-François Sylvain, président de la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité, s'est penché au micro de Matthieu Noël.
INTERVIEW

Les experts de l'ONU sur la biodiversité dévoilent lundi une évaluation mondiale sans précédent des écosystèmes. Elle devrait démontrer le besoin urgent d'un plan pour sauver la nature, poussée à la destruction par les hommes qu'elle fait vivre. À cette occasion, Jean-François Sylvain, président de la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité, est l'invité de Matthieu Noël pour rappeler que des solutions existent pour sortir de ce que les experts appellent la sixième extinction de masse.

"Les humains dépendent très fortement de la biodiversité"

Après une semaine de négociations à Paris, les 132 Etats membres de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) ont adopté samedi la synthèse politique d'un rapport de 1.800 pages sur lequel ont travaillé 450 experts pendant trois ans. 

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Ce texte estime notamment que 75% de l'environnement terrestre et 40% de l'environnement marin présentent des "signes importants de dégradation". Résultat : entre 500.000 et un million d'espèces, sur les quelque 8 millions estimées sur la planète, seraient menacées d'extinction. Mais les atteintes aux écosystèmes ont aussi un impact dévastateur sur l'espèce qui en est responsable : l'Homme. "Les humains dépendent très fortement de la biodiversité, que ce soit pour leur alimentation, leur habillement, la purification de l'air, de l'eau… Même si on ne le ressent pas forcément au quotidien", rappelle Jean-François Sylvain au micro de Matthieu Noël. 

"Des solutions, on en connaît"

Une fois ce constat dressé, le président de la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité rappelle qu'une partie du rapport est consacré aux solutions pour sortir de cette situation. "La science apporte une série d'options pour l'avenir. Cette semaine, l'IPBES a cherché à mettre en avant ce qu'il faudrait faire aujourd'hui pour arriver à une mobilisation, des citoyens jusqu'aux États, pour diminuer les pressions sur la biodiversité. Par exemple, sortir de certaines options d'agriculture intensive basée sur des transports inconsidérés. Des solutions, on en connaît mais il faut du courage politique pour les mettre en place", estime le spécialiste.

S'il reconnaît que "la France a un rôle à jouer au niveau international" dans le domaine de la protection de la biodiversité, elle devrait commencer par "nettoyer son pré-carré car il y a des incohérences. Chaque année, il y a entre 500.000 et un million de renards tués, la fameuse chasse à la grue, le déterrage des blaireaux…" La prise de conscience doit donc s'opérer à tous les niveaux.

Des changements radicaux à opérer

Les défenseurs de l'environnement plaident pour des réformes urgentes et radicales de nos modes de vie, de production, de consommation, pour freiner cette perte de biodiversité sur une planète qui pourrait abriter quelque 10 milliards d'habitants d'ici 2050. Le rapport devrait d'ailleurs faire un lien sans équivoque entre biodiversité et climat, le dérèglement climatique étant l'un des facteurs principaux d'atteinte à la nature et les solutions à mettre en place pour préserver les deux se recoupant en partie.

Des solutions qui seront discutées plus en détail l'an prochain en Chine lors de la 15ème réunion de la Convention de l'ONU sur la diversité biologique (COP15) et dont les défenseurs du climat espèrent un résultat aussi marquant que celui de la COP21 sur le climat qui a donné naissance à l'accord de Paris en 2015.