Procès Merah : un grand absent mais un frère omniprésent

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Abdelkader Merah encourt la réclusion criminelle à perpétuité (photo d'archives). © AFP
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Face à des parties civiles en quête de réponses, Abdelkader Merah comparaît à partir de lundi pour les tueries de son frère, mort dans l'assaut du Raid, en mars 2012.

En mars 2012, les tueries avaient plongé la France dans la stupeur, en pleine campagne présidentielle. Circulant sur un puissant scooter, un Colt 45 à la main, Mohamed Merah assassinait sept personnes en quelques jours dans la région de Toulouse. Cinq ans plus tard et alors que la France fait face à une menace djihadiste sans précédent, le dossier arrive devant la justice, lundi. Mais le procès ne permettra pas de juger le principal auteur des faits, tué par le Raid dans l'appartement toulousain où il s'était retranché après ses crimes. Son frère Abdelkader, soupçonné d'avoir joué un rôle dans la préparation des attaques, et Fettah Malki, fournisseur d'armes présumé, devront répondre seuls des actes du "tueur au scooter".

Abdelkader, seul complice dans la confidence ? Le premier fera sans aucun doute figure de principal accusé face aux assises composées uniquement de magistrats professionnels - comme c'est le cas dans les dossiers terroristes. Abdelkader Merah aurait notamment participé, quelques jours avant les attaques, au vol du fameux scooter. Il ne nie pas avoir été présent, mais assure que son frère a agi à son insu. Surtout, le frère aîné est soupçonné d'avoir eu connaissance du projet mortifère de son cadet, voire de l'avoir aidé à l'organiser. L'enquête a en effet mis en avant les nombreuses rencontres entre les deux hommes "les jours ou veilles de jours où Mohamed Merah commettait ou préparait" ses attaques, listant au moins cinq rencontres entre le 11 mars, jour du premier assassinat, et le 18 mars, la veille de la tuerie à l'école juive de Toulouse.

Arrêté le 21 mars 2012 à l'aube, avant même la fin du siège qui allait aboutir à la mort de son frère, Abdelkader Merah n'a depuis cessé de souffler le chaud et le froid, qualifiant tantôt cet épisode de "belle fin", condamnant tantôt les tueries. Aux yeux des juges antiterroristes, "ses nombreux séjours linguistico-religieux au Caire", "sa volonté d'instauration d'un État islamique", les documents retrouvés chez lui "sur la manière opérationnelle de concevoir en Occident un attentat ou une action armée" semblent toutefois "difficilement compatibles avec ses assertions selon lesquelles il n'adhérait pas au passage à l'acte de son jeune frère".

"Un rôle de mentor idéologique". Une vision partagée par les avocats des parties civiles, qui attendent beaucoup des explications du frère du terroriste. "Pour nous, le rôle d'Abdelkader est essentiel en ce sens qu'il a non seulement participé à la radicalisation djihadiste de son frère assassin, mais qu'il a aussi été en contact avec celui-ci tout au long des jours qui ont précédé la commission de ses crimes terroristes", estime Me Elie Korchia, avocat de la famille Sandler, dont trois membres ont été tués en mars 2012. Et d'ajouter : "on peut d'ailleurs considérer, au vu des éléments du dossier, qu'Abdelkader a joué un rôle de mentor idéologique pour son frère Mohamed.

Le face à face entre l'accusé et les parties civiles s'annonce donc tendu. Il devrait notamment être question des connexions à l'annonce postée par Imad Ibn-Ziaten, militaire et première victime de Mohamed Merah. Cette dernière, proposant la vente d'une moto, a été consultée à deux reprises depuis le domicile de Zoulikha Aziri, la mère des frères Merah. C'est en se faisant passer pour un acheteur que le "tueur au scooter" avait fixé un rendez-vous avec le parachutiste. Lequel des frères s'est connecté sur cette annonce ? Et qui y a répondu ? Au terme de l'instruction, les conditions de ces connexions étaient "non élucidées", selon les juges. "Seuls un procès d'assises et une confrontation publique entre témoins et mis en cause pourront peut-être faire éclater la vérité", estimait une source proche du dossier, citée par Le Point.

Réclusion criminelle à perpétuité. Aux côtés de ce "mentor" présumé comparaîtra un délinquant de droit commun, qui reconnaît les faits qui lui sont reprochés : avoir fourni le pistolet mitrailleur Uzi que portait le tueur à l'école juive, et le gilet pare-balles qu'il a endossé lors du siège de son appartement. Compte tenu de "sa proximité" avec Mohamed Merah, "il ne pouvait ignorer que ce dernier était dans une démarche et une optique de radicalisation", selon l'ordonnance de mise en accusation. Mais l'instruction n'a pas démontré qu'il avait connaissance de la décision du terroriste de se livrer à ces tueries.

Pour cette raison les magistrats n'ont pas retenu le chef de "complicité d'assassinats" à l'encontre de Fettah Malki. Ce dernier encourt vingt ans de réclusion criminelle. N'échappant pas à cette qualification, Abdelkader Merah risque, lui, la perpétuité. Pour tenter de prouver qu'aucun élément matériel ne le relie aux crimes de son frère, il s'est alloué les services du ténor du barreau Eric Dupond-Moretti. Le procès doit durer un mois.