Procès du coq Maurice, accusé de chanter trop tôt : "Il faut respecter les sons de la campagne"

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La propriétaire du coq Maurice, ce gallinacé qui s'éveille en chantant chaque matin sur l'île d'Oléron, au grand dam des voisins, comparaissait jeudi devant le tribunal de Rochefort.

C'est l'histoire d'un coq à qui on essaye de fermer le bec. Deux retraités de Charente-Maritime ont employé les grands moyens pour faire taire le gallinacé voisin, prénommé Maurice. Car selon eux, ce n'est pas le bouchon que Maurice pousse un peu trop loin, mais le chant.

Maurice absent à son procès

Quand le couple rejoint sa résidence secondaire à Saint-Pierre-d'Oléron, les cocoricos de Maurice lui sont absolument insupportables, à tel point qu'ils demandent dès le printemps 2017 que l'on mette fin à cette symphonie campagnarde. La propriétaire du gallinacé riposte et mobilise : deux pétitions de soutien ont été signées par près de 155.000 personnes. Le maire, lui, a pris un arrêté pour préserver les modes de vie liés à la campagne, et notamment ce qui concerne la présence des animaux de ferme. En mai dernier, une assignation en justice tombe. Et à défaut de convoquer l'animal devant les juges, c'est sa propriétaire, Corinne Fesseau, qui comparaissait jeudi devant le tribunal de Rochefort.

Maurice, fatigué, n'était pas à l'audience, tout comme le couple de plaignants, qui ont fait du gallinacé un symbole de la ruralité et une star mondiale, cité dans le New York Times. Mais "Pompadour" et "Jean-René", un petit poulet et un immense coq Géant de Brahma, étaient venus en soutien silencieux.

Ville contre campagne ou procès du bruit ?

Pour Me Vincent Huberdeau, qui défend les plaignants, le procès "n'est pas celui de la ville contre la campagne. C'est un problème de nuisance sonore. Le coq, le chien, le klaxon, la musique, c'est le dossier du bruit". "Saint-Pierre-d'Oléron est la grosse commune de l'île d'Oléron avec près de 7.000 habitants en hiver et 35.000 en été", a-t-il argué. "Mes clients vivent dans une zone classée pavillonnaire au Plan local d'urbanisme. Ce n'est pas la campagne !". Avant de répéter que cette affaire ne relevait pas du "conflit entre citoyens bobos et ruraux". "Mes clients ne reprochent pas au coq de chanter, mes clients cherchent à être tranquilles le matin entre 6h30 et 8h30".

"Je suis abasourdi", a répliqué Me Julien Papineau, qui défend la propriétaire et son coq en ironisant : "Je ne suis pas sûr que les plaignants se sont dits 'on va acheter une maison à la ville sur l'île d'Oléron'!" "On peut déplacer le poulailler. Mais cela signifie qu'à la place, il y aura les casiers de pêche de Jacky, le mari de Corinne Fesseau", a-t-il poursuivi, "mais est-ce que les voisins supporteront l'odeur...". Et de conclure sur un expéditif : "Les poulaillers, ils ont toujours existé. Sur 40 voisins, il n'y en a que deux que ça emmerde".

Un projet de loi à l'étude

Si ce jugement est important, c'est surtout qu'il pourrait faire jurisprudence. Pierre Morel-à-L'Huissier, député UDI et indépendants de Lozère, réfléchit actuellement à un projet de loi sur les bruits de la campagne. "Si je constate un manque dans la législation, je déposerai le texte que je suis en train de préparer pour faire reconnaître comme patrimoine immatériel les sons, les odeurs, la réalité des traditions du milieu rural", explique-t-il sur Europe 1.

Cela vaut aussi bien pour les coqs que pour les cloches des vaches et les clochers des églises. "Les sons de la campagne, il faut respecter", appuie l'élu. Alors, Maurice aura-t-il droit oui ou non de continuer à chanter ? Le tribunal d'instance rendra sa décision le 5 septembre.

Europe 1
Par Stéphane Place, édité par Thibauld Mathieu avec AFP