Procès Balkany : "Comment a-t-il pu rester impuni pendant plus de 30 ans ?", interroge Didier Schuller

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"La seule chose qui m'intéresse aujourd'hui, c'est que la justice fasse son travail", assure Didier Schuller (photo d'archives). 4:27
"La seule chose qui m'intéresse aujourd'hui, c'est que la justice fasse son travail", assure Didier Schuller (photo d'archives). © AFP
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L'ancienne figure de la droite dans les Hauts-de-Seine, dont le témoignage à charge a constitué la base de l'enquête autour des époux Balkany - jugés à partie de lundi notamment pour fraude fiscale -, s'est confiée à Europe 1. 
INTERVIEW

Son récit est à l'origine d'une vaste enquête de près de cinq ans, qui doit se conclure devant la justice, à partir de lundi. En 2013, Didier Schuller, ancienne figure de la droite dans les Hauts-de-Seine, livrait un témoignage à charge contre Patrick Balkany. Alors que s'ouvre le procès de ce dernier et de son épouse, Isabelle, jugés jusqu'au 20 juin pour fraude fiscale et blanchiment, Europe 1 a recueilli le témoignage exclusif de l'homme par lequel tout a commencé. 

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"Il y a des gens qui ont joué les fusibles"

"J'ai eu, moi-même, des problèmes avec la justice", commence Didier Schuller. En novembre 2007, l'ex-bras droit de Charles Pasqua a été définitivement condamné à trois ans de prison, dont un ferme, pour avoir fait financer illégalement par des entreprises son activité politique à Clichy, dans les Hauts-de-Seine. En contrepartie, ces sociétés privées obtenaient en priorité certains marchés publics de l'office HLM du département, dont il était le directeur général. Dans le même dossier, le directeur de cet office, Patrick Balkany, avait été relaxé en première instance. 

"Il y a des gens qui ont joué les fusibles, ça a été mon cas. Aujourd'hui, les choses sont différentes, chacun doit faire face à ses responsabilités", estime désormais Didier Schuller. "Quand il y a eu un procès, c'est moi qui ai été condamné, ce qui était assez étonnant puisque je n'étais que directeur et il était président. Il se trouve qu'à l'époque, Jacques Chirac était président de la République et Nicolas Sarkozy était ministre de l'Intérieur. Les protections étaient certainement plus tournées vers lui que vers moi." 

"Ils ont fouillé dans les 36 tomes du dossier"

Condamné, Didier Schuller se met en retrait jusqu'en 2012. Puis, à nouveau éligible, l'homme politique annonce son retour en politique et sa candidature aux élections municipales à Clichy. "J'en ai parlé avec le député de la circonscription, Patrick Balkany. Nous nous sommes mis d'accord. Mais quatre mois plus tard, il a décidé de trahir cet accord et de soutenir son suppléant qui est devenu maire de Clichy", raconte-t-il, justifiant sa décision de parler aux médias. 

Après cette "trahison absolument inimaginable", l'ancien élu reçoit alors les journalistes du Monde Gérard Davet et Fabrice Lhomme. "Ils ont fouillé dans les 36 tomes du dossier (du procès des HLM, ndlr), que je n'avais pas ouvert, moi. Et on a trouvé énormément de documents. (...) Nous avons eu la preuve que des sommes très importantes étaient parties à des fins personnelles, concernant Patrick Balkany." Des documents qui posent, selon le "repenti", une "vraie question" : "comment a-t-il pu rester impuni pendant plus de trente ans ?"

"Une partie de cet argent était sans doute mis de côté"

Renaud Van Ruymbeke, juge d'instruction au pôle financier de Paris, entre alors en scène. "Il a voulu me poser des questions par rapport aux déclarations que j'ai pu faire à ces journalistes. Je me suis rendu dans son bureau et j'ai répondu aux questions", souffle Didier Schuller. "J'ai simplement voulu mettre en lumière ce que je pense être une grande différence entre le financement politique d'un côté et l'enrichissement personnel de l'autre. J'ai pu m'apercevoir que ce que je pensais être de l'argent pour le RPR de l'époque, une partie de cet argent était sans doute mis de côté et détourné par Patrick Balkany à titre personnel."

Dans les documents de l’époque, les trois hommes tombent sur une enquête financière très détaillée, et jusque là inexploitée. "Ça tourne autour du rachat de la société de son père pour la somme, à l'époque, de 33 millions de francs", précise Didier Schuller, évoquant une opération "totalement fictive". L'homme politique a également apporté à la justice des éléments concernant le Riad du couple Balkany à Marrakech, venus, selon lui, d'un militant franco-marocain de Clichy. "Il est venu m'apporter tout un dossier sur le palais de Marrakech (...) J'ai transmis ce dossier à mon avocat, qui l'a transmis à Van Ruymbeke."

"Je ne suis pas dans un esprit de vengeance"

"La seule chose qui m'intéresse aujourd'hui, c'est que la justice fasse son travail. Il y a eu des enquêtes extrêmement serrées qui ont été faites sous la direction de monsieur Van Ruymbeke. La justice a en main la possibilité de porter un jugement", conclut Didier Schuller. "Je suis très heureux de pouvoir nettoyer mon nom, de ne pas porter ce que je n'ai pas fait. Je suis beaucoup plus dans le fait qu'on rétablisse l'histoire. Je ne suis pas dans un esprit de vengeance." 

Europe 1
Par Salomé Legrand, édité par Margaux Lannuzel