Philippe Barbarin, ce cardinal-fantôme dont l'ombre plane toujours sur le diocèse de Lyon

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Cardinal Barbarin 2000*1000 3:13
© JEFF PACHOUD / AFP
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ENQUÊTE - En retrait de ses fonctions depuis sa condamnation en première instance pour non dénonciation d'agressions sexuelles, le cardinal Philippe Barbarin reste officiellement l'archevêque de Lyon. Alors que s'ouvre son procès en appel, Europe 1 s’est intéressée au quotidien du Primat des Gaules, désormais conspué par une large partie de sa communauté.

Le procès en appel du cardinal Philippe Barbarin s’ouvre jeudi à Lyon. En janvier dernier, lors du procès de première instance, l'archevêque de Lyon avait été condamné à six mois de prison avec sursis pour n'avoir pas dénoncé à la justice les agressions sexuelles du père Bernard Preynat sur des scouts lyonnais dans les années 1980 et 1990. Mais le cardinal a fait appel. Depuis, il a présenté sa démission au pape, qui l’a refusée, et a choisi de se mettre en retrait de son diocèse.

Aujourd’hui, Philippe Barbarin est devenu un cardinal-fantôme. Sur le papier, il est toujours l'archevêque de Lyon. Mais, dans la réalité, c'est un administrateur apostolique, Monseigneur Dubost, nommé en juin dernier par le pape, qui fait tout à sa place : il gère le diocèse, l’administratif, les nominations, et célèbre les grands-messes. Bref, le cardinal ne sert plus à grand-chose. Certains ecclésiastiques disent le croiser parfois, dans les couloirs de l'archevêché, ou à la prière du matin. Mais pas souvent. Philippe Barbarin y a toujours son appartement, mais y réside très peu. On nous dit qu'il va de temps en temps dans un monastère au nord de Lyon. Donc on ne sait jamais vraiment où le trouver.

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Philippe Barbarin est un peu comme une ombre qui plane sur le diocèse. Un diocèse où beaucoup ont désormais vraiment envie de tourner la page, confirme Christian Terras, le responsable de la revue catholique lyonnaise Golias. "Aujourd’hui, son clergé est en complète dissension avec lui. Les choses sont cassées entre les prêtres et lui, entre les laïques et lui, entre le diocèse de Lyon et lui, entre la ville et lui", relève-t-il. "Philippe Barbarin s’est discrédité ces dernières années à vouloir régler de manière non professionnelle un problème très grave, et qu’il aurait été avisé de régler autrement, en prenant la responsabilité de mettre à l’écart et de neutraliser le père Preynat."

"Avec la personnalité de Philippe Barbarin, on peut difficilement imaginer une vocation d’ermite"

Selon nos informations, Philippe Barbarin voyage beaucoup, notamment en Italie. Il donne aussi des conférences en France, dans des milieux très conservateurs. Il joue aussi au "curé de campagne", à en croire les confidences qu’il a faites à une revue chrétienne : il aurait ainsi remplacé durant 15 jours un curé au fin fond de la Suisse, célébrant les messes et visitant les malades. "Donc ce n'est pas un vrai retrait", ironise Pierre Vignon, curé dans le Vercors et qui avait, il y a un an, demandé la démission du cardinal. "Il fallait comprendre qu’il s’agissait d’un retrait des médias. Avec la personnalité du cardinal Philippe Barbarin, au tempérament impulsif, brouillon, on peut difficilement imaginer une vocation d’ermite", tacle-t-il.

L’état d'esprit de Philippe Barbarin, alors que s’ouvre son second procès, reste difficile à déterminer. Il ne parle pas publiquement. Ses avocats non plus. Mais on peut l'imaginer ébranlé par les dernières révélations en date. Il y a une semaine, un ancien séminariste l'a accusé de harcèlement moral et sexuel au début des années 2000. Et puis il y a ce prêtre, qui affirmait mercredi dans les colonnes du Parisien l'avoir mis au courant des agissements du père Preynat dès 2002. Alors que le cardinal a toujours dit qu'il n'en avait rien su avant 2007. Autant de révélations qui pourraient peser durant l'audience.

Europe 1
Par Jean-Luc Boujon, édité par Romain David