Pédophilie dans l'Eglise : "Nous n'avons pas les moyens de détecter ces personnes", admet Monseigneur Luc Crepy

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© PHILIPPE DESMAZES / AFP
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Réunie depuis mardi à Lourdes à l'occasion de la Conférence des évêques de France, l'Eglise se penche cette semaine sur la question de la pédophilie dans l'Eglise. Alors que la Commission indépendante sur les abus sexuels présente les premières conclusions de ses travaux jeudi, Monseigneur Luc Crépy, responsable de la cellule permanente de lutte contre la pédophilie, estime sur Europe 1 qu'il reste du travail pour "mieux accompagner les victimes". 
INTERVIEW

"Avec les affaires, certains parents sont inquiets", reconnait Monseigneur Luc Crépy. Invité d'Europe 1 jeudi, jour de présentation des premières conclusions de la Commission indépendante sur la question des abus sexuels, l’évêque du Puy-en-Velay estime que "dans la vie d'une paroisse, il faut manifester une vigilance dans toutes les activités avec les enfants". Si, pour lui, "les protocoles de dénonciation d'auteurs d'abus sexuel sont au point", aussi bien au niveau de la justice qu'au niveau ecclésiale, l'homme d'Eglise avoue qu'il reste du "travail à faire pour mieux accompagner les victimes."

Des choses "très perverses"

Responsable de la cellule permanente de lutte contre la pédophilie, il participe à la formation des futurs prêtres. "Pour un jeune au séminaire, il n'y a pas que des cours et des sessions théoriques", explique Monseigneur Luc Crépy. "Il y a aussi des stages pratique en paroisse", ce qui permet "d'observer les futurs candidats". "Quand quelqu'un présente une immaturité affective forte, c'est le signe d'une incompatibilité avec une carrière au sein de l'Eglise", selon l’évêque du Puy-en-Velay. "C'est tout à fait contradictoire avec le fait que ce jeune puisse un jour devenir prêtre et s'occuper de jeunes."

Mais parfois, "les choses sont très cachées", reconnait Monseigneur Luc Crépy. "La structuration psycho-sexuelle d'une personne pédophile, c'est quelque chose de très profond", tente-t-il d'expliquer, "ce n'est pas quelque chose fabriqué par le fait de devenir prêtre ou religieux." Pour l’évêque du Puy-en-Velay, ce n'est pas l'Eglise qui est responsable de ces passages à l'acte. "Ce sont des personnes qui sont entrées dans les ordres avec ces structurations là. Malheureusement, nous n'avons pas les moyens de détecter ces personnes", botte en touche Monseigneur Luc Crépy, "parce que ce sont des choses très perverses".

"Comment accompagner" un prêtre pédophile ? 

"C'est là que dans la formation des futurs prêtres, il faut dire des choses là-dessus", prône le responsable de la cellule permanente de lutte contre la pédophilie. Pour Monseigneur Luc Crépy, "si vous avez des pulsions de ce type, vous n’êtes absolument pas apte a exercer un ministère et vous devez faire un travail de suivi". Et pour ceux qui sont déjà passé à l'acte, l’évêque explique qu'il existe un travail sur des mesures de suivi des auteurs d'abus sexuels. Quand un prêtre ne peut plus exercer son ministère, comment l'accompagner ? Une question "délicate" pour Monseigneur Luc Crépy.  

Europe 1
Par Cédric Chasseur