#PasDeVague : "La plupart des professeurs n'osent pas dire quand ça se passe mal"

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Les professeurs n'osent pas évoquer leur mal-être en classe de peur d'être critiqués, selon une enseignante alsacienne. Photo d'illustration.
Les professeurs n'osent pas évoquer leur mal-être en classe de peur d'être critiqués, selon une enseignante alsacienne. Photo d'illustration. © FRANK PERRY / AFP
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Après l'agression d'une professeur à Créteil, les professeurs montent au front avec le hashtag #PasDeVague, depuis dimanche. Selon eux, la réalité violente de leur quotidien est trop souvent minimisée par leur direction au sein des établissements scolaires.

C'est une parole qui commence à se libérer après l'agression récente et très médiatisée d'une professeure dans un lycée de Créteil, au sud-est de Paris, révélée samedi. Depuis dimanche, des milliers de professeurs témoignent sur les réseaux sociaux du quotidien violent qui est le leur, avec le hashtag #PasDeVague.

Une "bienveillance" exagérée ? Franck est de ceux-là. Non loin de Créteil et du lycée Édouard-Branly, où tout a commencé, le professeur est bombardé en Réseau prioritaire d'éducation. Il demande à un élève de lui montrer son agenda, mais celui-ci refuse. Franck insiste et le collégien lance alors son poing dans le mur, juste à côté du visage de son professeur. Silence. Il faut tenir tête, le reste de la classe observe. Plus tard, l'adolescent sera convoqué. "Pendant la réunion, j'ai entendu le discours de la bienveillance vis-à-vis de l'élève, qu'on doit plutôt comprendre", se souvient Franck, au micro d'Europe 1.

"On préfère se taire". "Les personnes autour de la table faisaient un petit tirage d'oreille à l'élève, comme pour lui dire : 'Ce n'est pas bien'. Je ne suis pas certain que l'élève ait mesuré la portée de son geste." L'affaire est notée sur une fiche de suivi. On en restera là. Franck est loin d'être le seul à avoir subi cette intimidation. Jenny Lartaud, professeure en Alsace, en a aussi témoigné avec le hashtag #PasDeVague.

Une première étape, veut-elle croire, pour aider ses confrères et consœurs à sortir du silence. "La plupart des collègues n'osent pas dire quand ça se passe mal dans leur classe, parce que la première chose qu'on leur répond c'est : 'Vous ne savez pas gérez votre classe.' Pour ne pas entendre qu'on est un mauvais enseignant, on préfère se taire."

Objectif des chefs d'établissement : limiter le recours à la discipline. Le syndicat des chefs d'établissements n'est pas d'accord avec cette version : selon lui, il n'y a aucune volonté d'étouffer les violences. Depuis une vingtaine d'années, le discours venu des académies n'aurait pas évolué : limiter les conseils de discipline et les exclusions, afin de privilégier le dialogue. De son côté, le syndicat des proviseurs confirme l'existence, "depuis une vingtaine d'années, d'une forme de doctrine de l'Éducation nationale qui incitait plutôt les chefs d'établissements à ne pas trop recourir au disciplinaire."