"On entend Élodie mourir" : l'appel aux secours d'Élodie Kulik au cœur du procès Bardon

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© PHILIPPE HUGUEN / AFP
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Mercredi, à la cour d'assises d'Amiens, un enregistrement de 26 secondes dans lequel on entend l'appel au secours d'Élodie Kulik, violée et tuée en 2002, a été diffusé pour tenter de déterminer l'éventuelle responsabilité de l'accusé Willy Bardon. 

La diffusion de l'enregistrement de l'appel aux secours d'Élodie Kulik, violée et tuée en janvier 2002, a saisi d'effroi la cour d'assises d'Amiens mercredi, sans permettre de véritable progrès dans la détermination de l'éventuelle responsabilité de Willy Bardon, seul sur le banc des accusés.

C'est un enregistrement de 26 secondes, dans lequel on entend les cris de la victime, et les "allo" répétés de l'opératrice des pompiers. Sur sept secondes, dont moins de trois sont exploitables, "au moins" deux voix d'hommes, selon les experts, sont audibles, bien qu'assez lointaines.

Diffusé deux fois dans la salle d'audience, l'enregistrement a plongé dans un silence total la cour comme le public, la partie civile comme la défense. Les jurés l'ont ensuite écouté deux fois, à l'aide de casques audios. "C'est un moment naturellement fort en émotions puisqu'on entend Élodie mourir, en quelque sorte, dans cet enregistrement", avait résumé avant la reprise des débats Didier Seban, avocat de Jacky Kulik, le père de la victime.

L'enregistrement a fait l'objet de 14 expertises

Au cours de l'enquête, cinq personnes placées en garde à vue et auxquelles l'enregistrement avait été soumis avaient affirmé reconnaître la voix de Willy Bardon, en janvier 2013. Ce dernier avait ensuite été mis en examen. L'enregistrement constitue donc "une des pièces maîtresses" du dossier, selon les mots de Gabriel Dumenil, avocat de Willy Bardon. Il a d'ailleurs fait l'objet de 14 expertises au cours de l'enquête menée de 2002 à 2017. Son exploitation a occupé la quasi-intégralité des débats mercredi matin, et sera encore évoquée dans les prochains jours.

À la barre, Christophe Stecoli, ingénieur de police technique et scientifique, est ainsi venu présenter les conclusions d'une expertise qu'il avait menée avec une collègue en 2014 : il s'agissait de comparer la voix de Willy Bardon, enregistrée au cours d'une écoute téléphonique près de dix ans après les faits, avec les voix masculines entendues dans l'appel aux secours. Ce spécialiste a d'abord souligné la difficulté à réaliser ces travaux, étant donné la mauvaise qualité et la courte durée de ce dernier enregistrement, ainsi que la situation exceptionnelle d'énonciation. Et ses analyses, notamment de la hauteur de voix, de la vitesse d'élocution ou encore de l'accent du locuteur, "réduisent légèrement" la probabilité que la voix de Willy Bardon soit celle entendue dans l'appel passé par Élodie Kulik.

"Il ressort que les experts n'ont pas de certitude", a déclaré Me Seban à l'issue de l'audience. "Par contre, les témoins et les proches ont reconnu la voix de Willy Bardon, et l'expert nous a confirmé que la reconnaissance par les proches valait beaucoup plus que la reconnaissance scientifique, et c'est ce qui compte".

" "J'ai reconnu la voix de ma fille" "

La défense, au contraire, s'est engouffrée dans cet espace d'incertitudes : la reconnaissance vocale, "c'est le seul domaine dans lequel on nous dit que la science ne peut rien". Et "des personnes, par leur seule reconnaissance vocale, pourraient obtenir des résultats meilleurs que la science ? Ce n'est pas sérieux, s'agissant de l'administration de la preuve devant une cour d'assises", a fustigé Gabriel Dumenil.

"Une chose est certaine, j'ai malheureusement reconnu la voix de ma fille. Et ce n'est pas la seule voix que j'ai reconnue", a affirmé Jacky Kulik.