Notre-Dame-des-Landes : l'évacuation par la force peut-elle être évitée ?

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La dernière tentative d'évacuation de la Zad remonte à 2012 (photo d'archives).
La dernière tentative d'évacuation de la Zad remonte à 2012 (photo d'archives). © AFP
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Les militants de la "zone à défendre" ont jusqu'au printemps pour quitter le site après l'abandon du projet d'aéroport. L'exécutif espère ainsi éviter une évacuation violente.

La décision est bien tombée, mercredi : le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique "sera abandonné", a annoncé le Premier ministre Edouard Philippe. Mais malgré les renforts mobilisés autour du site, l'évacuation de la Zad ("zone d'aménagement différée", rebaptisée "zone à défendre" par ses habitants), peuplée d'environ 150 personnes, n'interviendra pas immédiatement. "Les occupants illégaux devront partir d'ici le printemps prochain ou en seront expulsés", a indiqué Édouard Philippe, alors que des sources évoquaient un délai de seulement quelques jours. Une manière de laisser aux "zadistes", dont les profils sont extrêmement variés, le temps de s'organiser. Mais surtout de limiter le risque d'affrontements avec les forces de l'ordre.

Le souvenir de "l'opération César". La Zad "sera évacuée des éléments les plus radicaux", avait pourtant affirmé le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, mardi matin. Mercredi, des renforts de sept escadrons de gendarmerie mobile, soit plus de 500 hommes, étaient attendus sur place avec pour objectif de quadriller la zone et procéder à des contrôles. Mais plutôt que préparer une évacuation, l'opération a pour but d'empêcher l'arrivée de nouveaux civils dans la Zad. À cet égard, le gouvernement semble avoir tiré les leçons de la dernière tentative d'évacuation des lieux, avortée en 2012.  

À l'époque, l'opération baptisée "César" avait mobilisé plus d'un millier de policiers et gendarmes pendant plusieurs semaines. Chaque jour, des heurts avaient éclaté avec des manifestants toujours plus nombreux, venant en "renfort" des occupants déjà sur place. La tentative d'évacuation avait finalement tourné au fiasco, l'opinion en retenant les images d'affrontements extrêmement violents. Une centaine de personnes avaient été blessées selon les "zadistes", quelques unes seulement d'après les forces de l'ordre.

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Le drame de Sivens, où Rémi Fraisse, 21 ans, a été tué en 2014 lors d'affrontements entre gendarmes et manifestants contre un projet de barrage controversé dans le Tarn, a également pu peser sur la position de l'exécutif quant à une évacuation par la force.

"L'abandon modifiera les choses". Aujourd'hui, le gouvernement semble donc davantage miser sur la bonne volonté des occupants, qui ont obtenu gain de cause. "Tout le monde sait très bien que, si le projet est abandonné, le démantèlement sera beaucoup plus facile et rapide", estimait peu avant la décision François De Rugy, président LREM de l'Assemblée Nationale. "Qu'il y ait des gens qui soient venus uniquement parce que ce qui les intéressait, c'était de combattre contre, que c'était un lieu d'expérimentation de vie au quotidien, très bien. Mais l'abandon du projet modifiera radicalement les choses. Je pense que ceux-là vont naturellement partir", renchérissait le député européen José Bové, interrogé par Europe1.fr début janvier.

C'est aussi la distinction opérée par l'exécutif. "Les terres retrouveront leur vocation agricole", a souligné Édouard Philippe mercredi, ajoutant que les agriculteurs expropriés pourraient récupérer leurs terres. "Les trois routes qui traversent le site de Notre-Dame-des-Landes doivent maintenant être rendues à la libre circulation pour tous", a en revanche précisé le Premier ministre. "Les squats qui débordent sur la route doivent être évacués, les obstacles retirés, la circulation rétablie." Et de résumer : "Nous mettrons fin à la zone de non-droit qui prospère depuis près de dix dans sur cette zone".

Un scénario "à la Larzac". Le délai accordé peut-il suffire à ainsi réinsérer la "Zad" dans le territoire ? Avant même l'annonce de l'abandon du projet, riverains et agriculteurs avaient déjà annoncé leur intention de libérer la route D281, dite aussi "route des chicanes", le principal axe traversant la zone. Entravée de pneus, barricades et mirador, elle pourrait permettre de desservir un espace totalement repensé, où certains, comme José Bové, imaginent un scénario "à la Larzac", dans lequel les agriculteurs pourraient se constituer en société civile.

Mercredi, le "mouvement anti-aéroport" ("zadistes" compris) a indiqué qu'il refuserait "toute expulsion" mais s'est à nouveau engagé à "répondre lui-même" à la demande de réouverture de la route, dans un communiqué commun. Reste la question des 95 "squats" illégaux recensés par les autorités sur les 1.650 hectares de la Zad : actuellement, outre les habitants permanents, 200 personnes la fréquentent régulièrement, selon les estimations de la police. Les autorités ont dressé trois profils de "zadistes" : les "institutionnels" (riverains et exploitants), les "militants" et les "extrémistes". Ces derniers représentent la principale inconnue d'une équation encore non résolue.