Né d'un don de sperme : "Il faut vivre la privation des origines pour comprendre ma quête"

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Arthur Kermalvezen est le premier à avoir retrouvé son géniteur, l'homme qui a fait le don de sperme grâce auquel il est né. À l'occasion de la parution de son livre "Le fils", écrit avec la journaliste Charlotte Rotman, il raconte mardi comment il a rencontré Gérard.
INTERVIEW

Né d'un don de sperme, Arthur Kermalvezen est le premier en France à avoir retrouvé son donneur bien que l'identité de celui-ci soit strictement soumise à l'anonymat. Dans Le fils, paru mercredi dernier aux éditions L'Iconoclaste, il raconte sa quête pour retrouver Gérard, son géniteur. Il a partagé cet événement inédit au micro de Pierre de Vilno, mardi.

Retrouver ses origines, une quête presque obsessionnelle

"Les seules personnes qui vous disent que l'argent n'est pas important sont celles qui en ont. Pour les origines, c'est pareil. Il faut vivre la privation des origines pour comprendre cette quête de les retrouver", explique Arthur Kermalvezen. Il s'est d'ailleurs mis dans l'illégalité du point de vue du droit français qui interdit aux enfants nés par Procréation médicale assistée (PMA) de chercher leurs donneurs. Mais cela n'a pas arrêté le trentenaire. "J'ai un père, une mère et un géniteur. J'ai toujours su comment j'avais été conçu. Le plus important pour moi était de pouvoir mettre un visage humain sur une personne", écrit-il.

C'est pourquoi il s'est soumis à un test ADN américain, illégal en France, qu'il a acheté sur Internet pour une centaine d'euros. "J'ai retrouvé l'identité de mon donneur en 12 heures", rapporte Arthur Kermalvezen. "Ma chance, c'est que Laura, avec qui j'ai fait 'un match' [c'est-à-dire qu'ils se sont découvert un patrimoine génétique commun], faisait de la généalogie. Et dans son arbre, par déduction, c'était facile d'identifier la bonne personne." C'est de cette manière qu'Arthur Kermalvezen a retrouvé Gérard, un retraité de 74 ans, déjà père de deux fils plus âgés.

"C'était une belle surprise", a confié le géniteur d'Arthur Kermalvezen

Un an avant leur première rencontre, Europe 1 avait recueilli le témoignage du géniteur d'Arthur Kermalvezen. "Ce qui m'a amené à faire un don, c'est que lorsque je me suis marié, on est restés sept ans sans avoir d'enfant. Et donc je comprenais très bien la demande des couples qui ne pouvaient pas avoir d'enfant. C'était une belle surprise [de découvrir l'existence d'Arthur Kermalvezen], même s'il y a toujours un petit côté négatif. Il y a de l'appréhension, [on se demande] comment ça va être perçu au sein des familles."

Pour prendre contact avec son géniteur sans paraître intrusif, Arthur Kermalvezen a confié une lettre, écrite avec ses parents, aux voisins de Gérard. Trois mois plus tard, le 25 décembre à 10 heures, le trentenaire reçoit un appel. "J'ai quelqu'un qui me dit : 'Qui pourrait t'appeler un 25 décembre à 10 heures ? Avec le temps que tu as passé à me chercher.' J'ai répondu, 'Si ça pouvait être Gérard ça serait génial.' 'C'est moi, bravo de m'avoir retrouvé et j'aimerais bien savoir comment tu as fait.'", se souvient-il au micro d'Europe 1.

Une démarche qui pourrait servir aux autres enfants nés par un don de sperme et qui cherchent à connaître eux aussi leur géniteur. La question de la levée de l'anonymat des donneurs a fait l'objet de débats lors des États généraux de la bioéthique en 2018.