TIMOTHY A. CLARY / AFP 1:31
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Thibaud Le Meneec
Comptes bancaires, lignes téléphoniques, salaires… La vie de Loïc a été bouleversée lorsqu'une personne a commencé à usurper son identité, en 2001. "C'est quelque chose que je pense garder jusqu'à la fin de mes jours", a-t-il confié à Olivier Delacroix sur Europe 1, mardi.

Le 11 juin 2004, Loïc reçoit un coup de téléphone d'une agence bancaire de Toulouse, où il n'habite pas. Le début d'un véritable enfer pour lui, victime de plusieurs usurpations d'identité jusqu'en février 2018. Il a raconté son calvaire à Olivier Delacroix sur Europe 1, mardi.

 

"J'ai été appelé par une banque de Toulouse qui me disait qu'une personne s'était présentée à son agence, avec des papiers d'identité à mon nom, pour faire transférer mes comptes de la Loire vers la Haute-Garonne. Sur le coup, j'ai pensé que c'était une arnaque. Ça me paraissait quand même un peu ubuesque… Et puis la personne m'a dit : vous avez tel prénom, vous êtes né à tel endroit… Je me suis dit qu'il y avait un truc un peu bizarre. J'ai déposé plainte et il y a eu une enquête interne de la banque, pour laquelle j'ai été convoqué.

 

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[Au total] il y avait cinq personnes qui se faisaient passer pour moi. La première personne s'est fait faire des papiers à mon nom en 2001 et l'affaire s'est terminée pour moi en février 2018. Pendant 17 ans, au fur et à mesure que l'affaire prenait de l'ampleur, j'ai eu de plus en plus de soucis avec les administrations, les banques et les huissiers. 

"Je n'ai jamais su d'où c'est parti"

Dans mon cas, ils ont ouvert 17 comptes bancaires, dix lignes de téléphone, des crédits à la consommation, en plus de problèmes avec la Sécurité sociale et la Caf. Les impôts me sont tombés dessus et il a fallu prouver que je n'étais pas eux et ça, ça a été laborieux, parce que les seules choses que regardent les impôts, ce sont le nom, le prénom, le lieu et la date de naissance. Vu que la seule différence que j'avais avec eux était ma couleur de peau, ça a été très compliqué de prouver que je n'étais pas l'auteur de tout ce qu'on pouvait me reprocher.

Je n'ai jamais su d'où c'est parti. Je n'ai vu qu'un usurpateur, il y a quelques années, lors d'une audience. J'avais des entreprises qui m'amputaient de salaires tout à fait faux, car je n'habitais pas du tout sur Toulouse. J'ai donc demandé des justificatifs aux entreprises dans lesquelles j'étais censé travailler, et c'est comme ça que j'ai réussi à obtenir une adresse. [Avant de le rencontrer] j'étais anxieux, car j'allais pouvoir mettre un visage sur un de mes usurpateurs. Mais quand je l'ai vu, c'est surtout de la haine qui est ressortie. 

Toujours suivi au niveau psychiatrique

Dans un premier temps, la justice n'a pas fait grand-chose. Il y a certes eu une instruction, mais selon moi elle n'a pas été menée comme elle aurait dû l'être. Quand vous donnez l'adresse de ladite personne et qu'on attend un an et demi pour perquisitionner, je trouve ça limite… La personne interceptée n'a pris que 19 mois de prison avec sursis. J'ai eu 3.000 euros de dommages et intérêts, pour 17 ans de ma vie. 17 ans, c'est long. Ça détruit une vie.

Forcément, ça a eu un impact psychologique important. On peut voir ça comme une sorte de viol, parce qu'on vous impute des choses et c'est vraiment une appropriation de votre vie par d'autres. Ça a été très compliqué, parce que j'avais des projets. Je n'ai pas pu faire ce que je voulais, juge d'instruction, car je n'ai pas pu aller au bout de mes études de droit et de sciences politiques. Pour se remettre en piste, c'est compliqué. Actuellement, je suis suivi au niveau psychiatrique, j'ai un important traitement médicamenteux."

 

Comment limiter les risques ? 

"Je ne sais pas si on peut se protéger", explique Loïc, qui prend des précautions pour ne pas revivre les mêmes mésaventures. Afin d'"éviter les traces", il "brûle les papiers importants" et "ne laisse rien dans les poubelles". Sécuriser ses messageries personnelles avec des mots de passe sophistiqués demeure indispensable pour éviter de voir sa boîte mail piratée. Enfin, il ne faut jamais envoyer des documents d'identité et administratifs à des tiers sur des sites marchands. "Les pièces pourront servir à faire une pièce d'identité, un passeport ou une demande d'acte de naissance", alerte Dalila Jacqueline Bouhezila, présidente de l’association "On a volé mon identité".

Et que faire si vous constatez une usurpation d'identité ? 

Dalila Jacqueline Bouhezila conseille d'abord de déposer une plainte qui va "bloquer l'identité". "La justice va déclarer la personne comme victime" et il reviendra "aux boutiques de se retourner contre les instigateurs" de l'usurpation d'identité, dans le cas de fraude commerciale. Elle invite par ailleurs à faire un courrier de contestation avec une photocopie du récépissé du dépôt de plainte.