Loi asile : un durcissement de la réglementation mais des centres de rétention déjà surchargés

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Actuellement décortiqué par l'Assemblée nationale, le projet de loi asile et immigration prévoit d'allonger la durée maximale des séjours en rétention pour les sans-papiers, alors que les centres sont déjà surpeuplés.

Le projet de loi asile et immigration est débattu à partir de mardi en Commission des lois, où le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb doit notamment être entendu dans la soirée. Les députés LREM ont déposé des amendements mais n'ont pas retouché à l'une des lignes qui font bondir les associations : l'allongement de la durée maximale des séjours en centre de rétention.

Des centres à la limite de la saturation. Si la mesure est validée, les étrangers qui ont vocation à être expulsés pourront être retenus, de 45 jours aujourd'hui, à 90 jours voire 135. Mais dans les centres de rétention, de nombreux migrants en situation irrégulière s'entassent déjà, et la situation ne s'améliore pas. Depuis le début de l'année, le taux d'occupation de ces infrastructures ne cesse d'augmenter. Selon les chiffres du ministère de l'Intérieur, près de 90% des places réservées aux hommes sont prises, soit dix points de plus que l'an dernier. Dans les tribunaux, le nombre d'audiences devant un juge a également explosé. Elles sont obligatoires pour aller au-delà des 48 heures de rétention ordonnées par les préfets.

Des rétentions sans bases légales. À Boulogne-sur-Mer, par exemple, le nombre de dossiers à traiter est passé en un an de 3.000 à 6.000. Or, une fois sur deux, Laurent Fekkar, juge des libertés et de la détention et représentant de l'Union syndicale des magistrats, estime que les étrangers qu'il voit devant lui n'ont rien à faire dans un centre de rétention administrative. "Je considère souvent que les motifs qui ont conduit le préfet à placer la personne en rétention sont dépourvus de base légale", explique-t-il auprès d'Europe 1.

Absence de reconduites. "Un Syrien, un Lybien ou un Irakien ne sera pas reconduit dans son pays d'origine. C'est pour ça que j'ordonne leur remise en liberté. Parfois, il m'est m'arrivé de revoir des gens que j'avais mis dehors, et qui se sont fait de nouveau interpeller. Ça confirme le fait qu'ils ne sont pas expulsés", rapporte encore ce magistrat, avant de conclure : "L'Etat fait du gardiennage". Outre le fait que le rallongement du délai maximal de rétention ouvre la voie aux détentions arbitraires, affirment les magistrats et les associations, il ne réglera en rien le problème de l'immigration illégale et des reconduites.

Europe 1
Par Pierre de Cossette, édité par R.Da.