L'ESSENTIEL - "Acte 18" des "gilets jaunes" : scènes de chaos sur les Champs-Élysées, 237 interpellations et 60 blessés

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La journée de samedi a été marquée par un regain des violences à Paris. Des magasins ont été pillés, d'autres incendiés, et les forces de l'ordre ont été la cible des casseurs. 
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"L'acte 18" des "gilets jaunes" se voulait être un "ultimatum" au président Emmanuel Macron, samedi, à l'occasion de la fin du "grand débat national" et des quatre mois du mouvement. Alors que 32.300 manifestants ont pris part à la mobilisation en France, contre 28.600 personnes samedi dernier selon le ministère de l'Intérieur, la mobilisation a été marquée par un regain de violences et d'importantes dégradations à Paris.

Les informations à retenir :

  • De violents affrontements ont éclaté dès la fin de la matinée à Paris, où 237 personnes ont été interpellées
  • Des magasins et des restaurants, dont le Fouquet's, ont été pillés et saccagés sur les Champs-Élysées
  • Un immeuble a été incendié, faisant au moins onze blessés légers
  • Quelque 60 personnes ont été blessée's dans les heurts, dont 17 membres des forces de l'ordre, un pompier et 42 manifestants
  • Au total, selon les chiffres du ministère de l'Intérieur, 32.300 "gilets jaunes" étaient mobilisés dans toute la France

Une mobilisation centrée sur la capitale 

Dans la matinée, des centaines de personnes se sont réunies au niveau de la place de l'Étoile, en haut des Champs-Élysées, à Paris. Des rassemblements étaient également organisés aux abords des gares, d'où sont arrivés des manifestants en provenance des quatre coins de la France. Éric Drouet, l'une des figures du mouvement, avait en effet invité, dans une vidéo, les sympathisants à converger vers la capitale, évoquant même le renfort de sympathisants d'Italie, Belgique, Pays-Bas ou de Pologne. Certains portaient un gilet jaune, d'autres étaient vêtus de noir, cagoulés et le visage masqué. 

Les différents cortèges ont ensuite convergé vers les Champs-Élysées, où des heurts avec les forces de l'ordre ont éclaté dès la fin de matinée. Les fonctionnaires ont alors fait usage de canons à eau et de gaz lacrymogènes. Selon les images diffusées par BFMTV, des manifestants ont tenté d'attaquer un camion de gendarmerie, pendant que d'autres érigeaient des barricades. Le compte Twitter de la gendarmerie appelait les "gilets jaunes" à se "dissocier" des casseurs, en fin de matinée. 

D'importants dégâts à la mi-journée

À la mi-journée, des barricades étaient en feu et des groupes s'attaquaient aux magasins des Champs-Élysées, parmi lesquels Hugo Boss, Lacoste ou Nespresso, ainsi qu'aux restaurants. La célèbre brasserie Le Fouquet's, inscrite à l'inventaire des monuments historiques et fréquentée par de nombreuses personnalités, a également été vandalisée. Un kiosque à journaux a aussi été incendié sur la plus célèbre avenue de Paris. 

À 13 heures, Christophe Castaner a indiqué que "plus de 1.500 ultra-violents, qui sont là pour casser, pour en découdre, pour attaquer" ont été recensés dans la capitale. 

Un peu avant 14 heures, la situation demeurait extrêmement compliquée au niveau du bas des Champs-Élysées, où les dégradations et pillages étaient nombreux. Un important incendie s'est déclaré dans un immeuble qui a dû être évacué boulevard Roosevelt, près de l'avenue. "Deux personnes ont été sauvées des flammes. Une femme et son bébé étaient coincés au deuxième étage", ont indiqué les pompiers. Le feu est parti d'une banque, au rez-de-chaussée. 

L'incendie a fait onze blessés légers, parmi lesquels deux policiers. Selon Eddy Sid, porte-parole du syndicat Unité SGP Police-FO, invité de Philippe Vandel sur Europe 1 samedi en fin d'après-midi, ces deux policiers de la BAC "vont bien. Ils ont été intoxiqués par les émanations de fumée."

"Les individus qui ont commis cet acte ne sont ni des manifestants, ni des casseurs : ce sont des assassins", a réagi Christophe Castaner sur Twitter.

Plus de 230 interpellations, la casse jusqu'en fin d'après-midi

La préfecture de police a indiqué à 21 heures qu'au moins 237 personnes avaient été interpellées. Le parquet de Paris a par ailleurs indiqué que 144 personnes avaient été placées en garde à vue.

Vers 16h30, le ministre de l'Intérieur et le Premier ministre se sont rendus à proximité des Champs-Élysées, où ils ont remercié les forces de l'ordre et les pompiers. C'est la première fois que le Premier ministre se rend directement sur place, dans les rues de Paris, alors que les violences ont encore cours.

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L'enseigne de maroquinerie Longchamp a été incendiée et saccagée. Crédit photo : Zakaria ABDELKAFI / AFP

Vers 16h30, les casseurs s'attaquaient à de nouveaux magasins sur les Champs-Élysées, notamment les bijouteries de luxe Bulgari et Swarovski, l'enseigne Longchamp, le magasin de chaussures Foot Locker, la boutique Disney, celle du PSG, un magasin de téléphonie, un chocolatier belge, et un magasin d'optique. De violents affrontements se produisaient avec les forces de l'ordre, notamment cibles de jets de pavés. Le Fouquet's, déjà attaqué deux heures plus tôt, voyait la toile de son auvent brûler peu avant 17 heures, après le jet de projectiles incendiaires. Les pompiers, protégés par les forces de l'ordre, sont parvenus à se frayer un chemin quelques minutes plus tard pour éteindre les flammes.

fouquets

Peu avant 17h30, les "black blocs" ont également mis le feu à un engin de chantier, ainsi qu'à des deux-roues stationnés à proximité de l'avenue. Rue du Colisée, à quelques mètres de l'immeuble incendié plus tôt dans l'après-midi, une voiture a été incendiée.

La situation est restée tendue jusqu'à environ 18 heures. À 18h30, la préfecture de police comptabilisait 60 blessés, parmi lesquels 17 membres des forces de l’ordre, 1 pompier et 42 manifestants.

Au même moment, un véhicule de police a été incendié devant le commissariat de quartier du 1er arrondissement de Paris, près des Halles. Des policiers sont intervenus pour rétablir l'ordre.

La préfecture de police a également signalé que des manifestants sont brièvement descendus sur le périphérique, au niveau de la Porte Maillot.

L'exécutif sur le pont

En début de soirée, l'Élysée a fait savoir qu'Emmanuel Macron, parti au ski à La Mongie dans les Hautes-Pyrénées, avait décidé d'écourter son séjour pour rentrer à Paris. Selon les informations d'Europe 1, il était attendu à la cellule de crise interministérielle à Beauvau à 22h30.

Après être venu une première fois sur les Champs-Élysées en milieu d'après-midi avec le Premier ministre Édouard Philippe, Christophe Castaner, ministre de l'Intérieur, s'est rendu près de l'Arc de Triomphe peu avant 20 heures. Il a salué les forces de l'ordre et les pompiers et les a remerciés. Un groupe de plusieurs manifestants s'est alors approché du ministre en le huant. "Ce n'est pas parce que quelques dizaines d'assassins viennent nous menacer que nous partirons", a-t-il rétorqué.

Et en régions ?

À Bordeaux, une agence bancaire a été saccagée et des accrochages entre manifestants et forces de l'ordre ont eu lieu samedi en fin d'après-midi, lors de la manifestation des "gilets jaunes", où la mobilisation dans ce bastion du mouvement semblait plus faible que d'habitude.

À Dijon, plusieurs centaines de manifestants ont défilé, avec comme presque chaque semaine des tensions en fin de parcours et quatre interpellations. À l'arrivée du cortège, rue de la Préfecture, des manifestants ont jeté des projectiles sur les forces de l'ordre qui ont riposté avec des lances à eau puis des grenades lacrymogène.

À Montpellier, 2.000 "gilets jaunes" ont manifesté, selon la préfecture de l'Hérault, qui précise également que trois personnes ont été interpellées pour "outrage" et "violence". Deux policiers ont été "très légèrement blessés" par des jets de projectiles, sur un casque pour l'un et sur la jambe pour l'autre.

À Marseille, 800 "gilets jaunes" ont été comptabilisés par la préfecture de police. Deux personnes ont été interpellées pour des jets de projectiles.