Les bons réflexes pour modérer sa consommation d'alcool à la rentrée

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Si l'été a été l'occasion de quelques excès, il est peut être temps de s'interroger sur sa consommation d'alcool (photo d'illustration).
Si l'été a été l'occasion de quelques excès, il est peut être temps de s'interroger sur sa consommation d'alcool (photo d'illustration). © FRED TANNEAU / AFP
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Alors que la fin de l'été est parfois synonyme de bonnes résolutions, le docteur Michel Reynaud, président du Fonds Actions Addictions, livre ses conseils à ceux qui pensent boire trop. 
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"Notre président l'a dit, le vin est l'âme de la France." Président du Fonds Actions Addictions, le docteur Michel Reynaud n'entend "surtout pas" faire abandonner aux Français la production de leurs cépages. Mais le spécialiste, invité de Mélanie Gomez, dimanche sur Europe 1, alerte sur les risques d'une consommation excessive d'alcool, en particulier dans la "zone grise" qui précède la dépendance. Et livre ses conseils à ceux qui souhaiteraient lever le pied à la rentrée, après un été souvent synonyme d'apéritifs en famille ou entre amis. 

Se méfier des alcools "alléchants"

Michel Reynaud alerte d'abord sur le marketing de certains alcools, particulièrement le vin, tendant à faire oublier les risques associés à sa consommation. "Des foires au vin organisent des événements dans lesquels un euro est reversé à des associations contre le cancer… En ne disant pas que l'alcool, et donc le vin, est l'un des facteurs majeurs du cancer, notamment du sein. (...) Tout est fait par les alcooliers pour que cette notion ne soit pas perçue."

"Ce sont des stratégies bien connues aux États-Unis", poursuit le médecin. "Cela s'appelle le 'pinkwashing', on transforme en rose pour attirer les femmes. C'est comme ça que le rosé est devenu le deuxième vin vendu en France, avant le vin blanc", en ciblant, selon lui, la clientèle féminine. "On sait qu'avec l'augmentation du tabac, on a une augmentation du cancer du poumon chez les femmes et on sait qu'on aura une augmentation des cancers du sein d'ici une dizaine d'années avec la valorisation de la consommation d'alcool", prévient Michel Reynaud. 

Faire régulièrement le point sur sa consommation

Plutôt que de parler d'alcoolisme, le médecin préfère en outre employer la périphrase de "trouble de l'usage de l'alcool". "Derrière le mot alcool, on a tous l'image du grand alcoolique dépendant, mais ça cache tous les autres problèmes plus précoces et sur lesquels il convient d'agir le plus vite possible", souligne-t-il, invitant à se poser les bonnes questions. 

"75% des Français sont en dessous de ces normes, mais les 25% restants consomment 80% de l'alcool vendu. (...) Il y a toute une zone intermédiaire de risque, où on a quand même les accidents de voiture, les moments de violence et puis, à terme, les problèmes de foie, de prise de poids, d'hypertension…."

"Jusqu'à deux verres par jour, il n'y a pas vraiment de raison de s'inquiéter", diagnostique Michel Reynaud. Au-delà, une prise en charge peut être organisée :"On peut aider avec des médicaments tels que le Baclofène (un relaxant musculaire prescrit pour lutter contre la dépendance à l'alcool, ndlr), mais il faut qu'il y ait une motivation du patient, un suivi du médecin, une réflexion sur les moments où l'on consomme, pourquoi on consomme... La cure dans les services spécialisés, c'est uniquement chez les sujets qui sont gravement dépendants."

Briser le "tabou" de l'addiction à l'alcool 

Le spécialiste le souligne : la prise en charge commence par la verbalisation du problème, pas toujours évidente lorsque l'alcool est consommé dans un contexte social. "On considère, en France, qu'il y a un alcoolique ou deux sur dix seulement qui sont soignés. Les autres ne sont pas pris en charge parce qu'il n'y a pas assez d'addictologues, pas assez de services, que les médecins généralistes sont pas forcément formés et intéressés… Mais aussi parce que les patients ont du mal à en parler : la société leur permet pendant longtemps de se le cacher."

Michel Reynaud incite donc à "oser parler" à son médecin généraliste. "Il faut bien voir toute la gradation pour les consommateurs qui commencent à boire trop. C'est ce qu'on vise avec le médecin traitant." Autre interlocuteur possible : les "patients experts", qui animent des forums d'écoute sur les différents portails d'aide aux personnes en situation d'addiction. "On l'a vu pour les patientes souffrant de cancer du sein et c'est pareil avec l'alcool : ceux qui y sont passés sont souvent de très bon conseil, avec beaucoup d'empathie. On essaie, ensemble, de voir s'il est possible de revenir à une consommation non nocive." 

Europe 1
Par Margaux Lannuzel