Le procès de l'affaire d'espionnage chez Ikea s'ouvre lundi

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Le procès de l'affaire d'espionnage chez Ikea s'ouvre lundi au tribunal correctionnel de Versailles. 1:13
Le procès de l'affaire d'espionnage chez Ikea s'ouvre lundi au tribunal correctionnel de Versailles. © LOIC VENANCE / AFP
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L'entreprise Ikea France ainsi que quinze personnes se présentent lundi devant le tribunal correctionnel de Versailles pour le début du procès de l'affaire d'espionnage du magasin de meubles. Ils sont accusés d'avoir récolté des données personnelles des salariés de 2009 à 2012. Hocine Redouani, qui a porté plainte pour Force ouvrière à l'époque, revient sur cette histoire sur Europe 1. 

Antécédents judiciaires, comptes en banque, train de vie... La filiale française d'Ikea et quinze personnes, dont deux anciens PDG, sont jugés à partir de lundi devant le tribunal correctionnel de Versailles, pour avoir collecté et conservé illégalement des centaines de données sur leurs salariés entre 2009 et 2012. Une histoire plus connue sous le nom de l'affaire d'espionnage chez Ikea.

Des salariés surveillés tout au long de leur carrière

Dès l’embauche, les salariés sont passés au crible. Et cela continue au cours de leur carrière chez Ikea. Pourquoi untel roule en BMW ? Pourquoi un employé modèle est devenu du jour au lendemain très revendicatif ? Même les clients les plus récalcitrants sont parfois passés au fichier.

Ces recherches transitent par le directeur de la gestion du risque à l’époque : il envoie les noms et dates de naissance des salariés à des policiers, puis transmet les renseignements obtenus aux directeurs de magasins. Le directeur général d’Ikea est en copie des mails pour les salariés ayant les passés les plus lourds. Un budget de 600.000 euros par an est alloué à ces recherches illégales, à raison d’une centaine d’euros par antécédent fourni.

"Tout a été fait de manière opaque"

En 2012, le scandale éclate dans le Canard enchainé et est suivi d'une plainte du syndicat Force Ouvrière. "On découvre tout un tas de document, d'échanges, de mailing, entre des représentants d'entreprise Ikea, le PDG en copie, des responsables sécurité des différents sites qui faisaient les différentes copies des renseignements auprès des policiers", explique Hocine Redouani, aujourd'hui délégué central CGT chez Ikea, qui avait déposé plainte à l'époque.

"Parmi ces d'échanges de mail je retrouve mon nom. Tout a été fait de manière opaque : aucun salarié ne s'est jamais rendu compte que l'entreprise demandait ses antécédents judiciaires", poursuit-il. 

 "Il était impossible de cacher quelque chose à Ikea"

Après huit ans d'enquête, la société de meubles est renvoyée devant la justice, ainsi que les deux anciens PDG, des ex-directeurs de magasins, des responsables de la sécurité mais aussi de cinq policiers ou ex-policiers. Ils sont tous soupçonnés d'avoir participé à ce système de collectes de données illégales.

Une vingtaine de sites a été identifiée au cours de l’instruction tels Reims, Tours ou encore Rennes. Pour l'ancien directeur de la gestion du risque, il s'agissait d'une consigne généralisée. Il affirme que le directeur d'Ikea France en personne lui avait demandé ces recherches systématiques pour "ne plus embaucher de voleurs". Avant d'ajouter : "il était impossible de cacher quelque chose à Ikea". 

De son côté, Hocine Redouani espère que les accusés vont "reconnaître leurs responsabilités" et "présenter des excuses aux salariés". 

Europe 1
Par Marion Dubreuil, édité par Manon Bernard