Le nouveau Notre Père entre en vigueur : "Il va falloir du temps pour s’habituer"

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© CHARLY TRIBALLEAU / AFP
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Justin Morin et Marguerite Lefebvre, édité par R.Da. , modifié à
Dimanche 3 décembre est entré en vigueur dans l'Eglise catholique une nouvelle traduction de la prière la plus connue du monde chrétien, de quoi désorienter quelques fidèles.
REPORTAGE

Certains fidèles catholiques ont peut-être été surpris dimanche, en assistant à la messe. En effet, il n’est plus question désormais de dire "ne nous soumets pas à la tentation", en récitant le Notre Père. L'expression a été remplacée, en ce premier jour de l’année liturgique par une nouvelle traduction : "Ne nous laisse pas entrer en tentation".

Un nouveau sens théologique. À Paris, la paroisse de Saint-Philippe du Roule dans le VIIIème arrondissement a fait imprimer sur de petites fiches la nouvelle version, avec la phrase concernée en gras, pour guider les fidèles. Car il s’agit aussi de tordre le cou à une longue tradition. "Il y a des habitudes qui ont été prises depuis si longtemps de dire une certaine phrase et, tout d’un cou, changer… Je pense qu’il va falloir du temps pour s’habituer", reconnaît Jeanne, pratiquante, auprès d’Europe 1. "Le sens théologique pour nous, simples paroissiens, va apparaître vraiment au fur et à mesure que l’on dira cette prière", ajoute-t-elle.

Rompre avec les automatismes. Effectivement, la modification des paroles d’une prière est un événement très rare. Le dernier changement concernant le Notre Père datait de 1966. Selon le prêtre de Saint-Philippe du Roule ce bouleversement est salutaire, car il invite les fidèles à ne plus le réciter de manière mécanique, mais à s’interroger de nouveau sur la célèbre prière.

Entendu sur europe1 :
Ce verbe 'soumettre', qui veut dire ‘se mettre sous’, ne pouvait pas venir de Dieu

"Je me sens plus à l’aise". Ce changement a été accueilli avec optimisme par les fidèles qui, à la sortie de l’église, avouent que quelque chose n’allait pas avec l’ancienne traduction. "Je me sens plus à l’aise avec cette nouvelle formulation, la traduction que nous utilisions jusqu’à maintenant était, c’est vrai, assez curieuse dans la manière dont elle pouvait laisse penser que le Seigneur nous poussait vers la tentation alors que ce n’est pas du tout ce que voulait dire le texte d’origine", relève Arnaud. "C’est une bonne chose de remettre les choses en perspective", conclut-il.

"Ça ne pouvait pas venir de Dieu". À Sainte-Marie des Batignolles, dans l’est parisien, cela fait déjà plusieurs semaines que les fidèles se plient à la nouvelle prière. Si les première messes ont été un peu hésitantes, les paroissiens ont fini par prendre le pli raconte Thérèse, qui a vécu ce changement comme un vrai soulagement. "Je suis très contente. Ce verbe 'soumettre', qui veut dire ‘se mettre sous’, ne pouvait pas venir de Dieu. On avait tellement l’habitude, c’était presque de l’automatisme', raconte-t-elle. "On s’est petit à petit habitué à la nouvelle traduction. On se dit : ‘il ne faut pas rater le bon moment !’"

L'Eglise au présent. Cette nouvelle traduction laisse plus de libertés aux croyants, preuve que l’Eglise s’adapte en permanence selon le père Alain-Christian Leraitre, curée de Sainte-Marie des Batignolles : "L’époque dans laquelle nous vivons nous rend sensible à cette dimension de liberté. L’Eglise change parce que nous changeons et nous évoluons, et l’Eglise c’est la présence de Dieu dans le monde d’aujourd’hui".