Laurent Berger sur le racisme dans la police : "Il ne faut ni déni, ni opprobre"

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Laurent Berger sur le racisme dans la police : "Il ne faut ni déni, ni opprobre" © Europe 1
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Au lendemain des annonces de Christophe Castaner sur le racisme au sein de la police, Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, syndicat représenté chez les forces de l'ordre, réagit sur Europe 1. "Il ne faut pas nier, et je ne parle pas de la police, mais de certains policiers, qu'il y a des faits et des pratiques racistes, comme cela existe dans l'ensemble de la société."
INTERVIEW

Après les annonces du ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, qui prône la "tolérance zéro" face au racisme au sein des forces de l'ordre, le Premier ministre Edouard Philippe se rend mardi dans un commissariat de quartier à Evry avant de visiter une association pour jeunes difficiles. Une manière de "mettre les pieds dans le plat", selon l'entourage du ministre. Nouveaux modules de formation contre le racisme, abandon de la technique d'interpellation controversée de la prise "d'étranglement", port du RIO -ce qui permet de les identifier - obligatoire : le plan annoncé n'a pas convaincu tous les syndicats. Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, syndicat représenté au sein des forces de l'ordre, réagit mardi sur Europe 1.

"Ni déni, ni opprobre"

"Il ne faut ni déni, ni opprobre", insiste le secrétaire général de la CFDT. "Il ne faut pas nier - et je ne parle pas de la police, mais de certains policiers - qu'il y a des faits et des pratiques racistes, comme cela existe dans l'ensemble de la société. Ce racisme, il nous mine et il existe dans beaucoup de corps constitués de la société, lorsqu'on veut chercher un logement, un emploi par exemple". 

Pour Laurent Berger, il est important de faire la distinction entre un racisme qui serait "institutionnalisé" au sein des forces de l'ordre et le comportement de certains agents. "Il est hors de question de confondre des comportements et des faits extrêmement graves, condamnables et délictueux pratiqués par des policiers, et l'ensemble de la police. Je crois qu'il faut un peu de nuance dans l'appréhension de ces phénomènes, mais il ne faut pas les nier". Ainsi, il ne croit pas utile de faire un parallèle entre la police française et la police aux Etats-Unis. 

"Je ne suis pas pour le repli sur soi : on peut être anti-raciste et blanc", assure Laurent Berger. "Les discriminations et le racisme sont intolérables, d'où qu'ils viennent. En ce sens, ce n'est pas de repli sur soi dont on a besoin, c'est de mettre fin à toutes les discriminations qui minent notre société". 

Miser sur la formation

Pour le secrétaire général de la CFDT, une solution à ces problématiques serait une discussion autour de la formation, du nombre de policiers en France et des objectifs confiés aux agents. "Le président de la République dans sa campagne avait proposé la création d'une académie de police, qu'il le fasse", souligne Laurent Berger. "Il existe des formations. Aujourd'hui, il y a des polices européennes qui ont suivi des programmes qui permettent de recréer du lien avec la population, d'interroger les pratiques face à l'évolution de la société." 

Christophe Castaner a évoqué dans son plan de nouveaux modules de formation pour les forces de l'ordre ainsi que des sessions annuelles, évoquant le sujet du racisme et des discriminations. "Je crois beaucoup à la formation, à l'échange de pratiques entre les professionnels sur le sujet, à l'émancipation des uns et des autres et au fait qu'on puisse s'améliorer collectivement", confie Laurent Berger. 

Europe 1
Par Mathilde Durand