LA QUESTION SEXO - Comment aborder une relation avec une personne en situation de handicap ?

, modifié à
  • A
  • A
Partagez sur :
Mercredi, dans Sans-rendez vous, Catherine Blanc, sexologue et psychanalyste a évoqué les situations de handicap. Alors qu'un auditeur l'interroge sur la manière de dépasser la gêne qu'il a ressenti, elle lui explique que si cela nécessite effectivement de prendre des nouveaux repères, cela peut être un vecteur de richesse.

Le handicap d'un ou une partenaire peut parfois inquiéter. Mercredi, dans Sans rendez-vous, Catherine Blanc, sexologue et psychanalyste répond à la question de Michael, un auditeur qui a récemment eu un rapport avec une personne malentendante. Si la relation s'est bien passée, le jeune homme n'était pas parfaitement à l'aise. Il demande donc à la spécialiste comment aborder avec plus de sérénité un deuxième rendez-vous. La spécialiste lui explique que ce qu'il perçoit à tort comme une différence ou une faiblesse peut être une force et nourrir l'intensité de leur étreinte. Cela nécessite toutefois d'accepter de changer de repères. 

La question de Michael

J'ai eu un plan cul avec une personne malentendante et je n'étais pas super à l'aise. Mais le feeling est bien passé. J'aimerais le revoir. Comment faire pour que la prochaine fois, je sois plus à l'aise sans forcément y prêter attention ? 

La réponse de Catherine 

"Le fait qu'il soit malentendant implique qu'il faut des repères nouveaux. On se dit que l'on va devoir communiquer autrement que par les mots, surtout si c'est une surdité. Donc, il va falloir faire des gestes et se découvrir autrement. On enlève un canal de communication habituel de soi, là est la difficulté. Il y a peut-être aussi l'idée que l'autre est fragilisé, ce qui peut susciter la peur d'une position dominante en raison des multiples capacités qui sont les siennes par rapport à l'autre.

La fragilité de l'autre n'est-elle pas avant tout imaginée ?

Oui, d'autant plus que ça ouvre la possibilité de l'érotisation du corps parce qu'on n'est pas obligé de se justifier, de rentrer dans l'histoire de l'autre. Là, il va falloir se parler avec de la gestuelle. Pas seulement pour dire des mots mais aussi corporellement. Cela ouvre peut-être le champ des possibles, puisqu'on n'est pas limité par l'intellectualisation du rapport. Ce n'est pas parce qu'on a tous nos sens, pour la plupart d'entre nous, que nous ne sommes pas concernés par des déficiences. Heureusement que c'est contrebalancé par des tas d'autres qualités. Donc, effectivement, ne nous limitons pas à ce qui est plus visible ou ce qui est annoncé de l'autre.

Que faire puisque l'autre lui a bien plu et qu'il ne semble pas vouloir qu'un simple plan ?

Toute la difficulté, c'est d'accueillir le fait que quelqu'un de différent de soi, handicapé sur un plan, puisse être un objet de désir aussi fort que n'importe qui. Ce qui est en jeu c'est le rapport à soi et la représentation de l'extérieur : est-ce que je peux aimer quelque chose qui pourrait être plutôt perçu comme de moindre valeur ? Ce qui n'est évidemment pas le cas. Au contraire, je pense que plus les gens ont vécu des choses douloureuses, plus ils ont dû développer des aptitudes qui les rendent formidables. Donc, c'est dommage de se priver de ces plus et de ne voir que les moins.

Plus la relation évolue, plus elle peut s'éloigner du plan cul. Cela va inviter au verbe qui sera une difficulté parce qu'il faudra parler, peut être en se montrant les choses ou comme les enfants qui parlent la langue de l'autre alors qu'ils ne la connaissent pas par les gestes, par les jeux. Les adultes ont fondamentalement oublié cela. Ils se sentent ridicules dès qu'ils font des gestes. C'est donc l'occasion de libérer tout ça pour une fluidité de relations. Peut-être qu'au début, il s'agissait d'une curiosité avec toute l'ambivalence de la curiosité. Mais finalement, chemin faisant, ça lui a plu. Donc il faut continuer."

Europe 1
Par Catherine Blanc