À la barre, le cardinal Barbarin nie farouchement toute dissimulation d'actes pédophiles

, modifié à
  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Partagez sur :

Jugé en compagnie de cinq anciens membres du diocèse de Lyon pour non-dénonciation d'agressions sexuelles, le cardinal Philippe Barbarin s'est défendu à la barre, lundi au premier jour du procès.

DANS LA SALLE D'AUDIENCE

Il s'exprime, mais à l'évidence, il ne se sent pas responsable. "Je n'ai jamais cherché à cacher, encore moins à couvrir ces faits horribles", a déclaré le cardinal Philippe Barbarin lundi devant le tribunal correctionnel de Lyon, où il est jugé avec cinq autres personnes pour non-dénonciation d'agressions sexuelles.

"Je n'ai pas toujours su employer les mots". Depuis que l'affaire a éclaté il y a trois ans, l'archevêque de Lyon avait déjà nié les faits qui lui sont reprochés, en reconnaissant des erreurs d'appréciation et en demandant pardon aux victimes des prêtres pédophiles. Mais en 2016 à Lourdes lors d'une assemblée des évêques, il avait eu des mots qui avaient provoqué la polémique en déclarant que "Grâce à Dieu, la majorité des faits" d'abus sexuels étaient "prescrits". "Je n'ai pas toujours su employer les mots les meilleurs et les plus adroits dans le passé", a reconnu l'archevêque de Lyon dans une déclaration lue lundi à la barre au premier jour du procès, avant de répondre aux questions du tribunal.

Des abus sexuels commis par le père Preynat. Le primat des Gaules comparaît jusqu'à mercredi avec cinq anciens membres du diocèse de Lyon pour ne pas avoir dénoncé à la justice des abus sexuels commis sur de jeunes scouts de la région par un prêtre, le père Bernard Preynat, entre 1986 et 1991. En 2016, le parquet avait classé l'affaire sans suite mais les plaignants ont depuis lancé une procédure de citation directe des prévenus devant le tribunal. 

"Tout le monde me reproche de l'avoir cru", répond Barbarin. Dans les années 2000, Mgr Barbarin avait eu connaissance de faits anciens d'agressions sexuelles, "des rumeurs" selon ses mots, qui l'ont conduit néanmoins à rencontrer le père Preynat en 2010. Le prêtre lui jura alors n'avoir jamais recommencé. "N'avez-vous pas appris qu'on n'est jamais très sûr quand un pédophile dit qu'il ne recommencera plus ?", interroge la présidente du tribunal, Brigitte Vernay. "Tout le monde me reproche de l'avoir cru", répond Mgr Barbarin. Mais "on n'a pas trouvé de fait incriminable après", ajoute celui qui est aussi poursuivi pour "omission de porter secours".

"J'ai fait exactement ce que Rome m'a demandé". Les plaignants lui reprochent en effet d'avoir maintenu le père Preynat au contact d'enfants jusqu'en septembre 2015, après qu'un ancien scout eut porté plainte contre le prêtre. Puis contre le cardinal en février 2016. Les deux hommes s'étaient pourtant rencontrés en novembre 2014 : "Jusqu'alors je n'avais jamais entendu pareil récit", assure l'archevêque, qui transmit alors au Vatican le témoignage de cette victime, Alexandre Hezez. La réponse ne tarda pas : il fallait écarter le prêtre.

"Et bien ça c'est facile, pourquoi vous ne le faites pas ?" tout de suite, poursuit la présidente. Parce qu'il fallait "éviter le scandale public", rétorque le prélat, "j'ai fait exactement ce que Rome m'a demandé" en différant de quelques mois sa mise à l'écart pour ne pas attirer l'attention. 

Une influence minimisée ? "Il n'a pas l'air de savoir grand-chose et d'être compétent sur grand-chose. Cela interpelle", relève François Devaux, le fondateur de l'association La Parole Libérée, au micro d'Europe 1. "Cet homme là est un directeur de conscience, c'est une figure emblématique de l'Église...", poursuit-il, comme pour souligner son impression d'avoir affaire à un homme qui minimise son rôle et son influence pour se soustraire à ses responsabilités. 

 

Pour quelles raisons le cardinal Barbarin est-il jugé ?

"Franchement, je ne vois pas de quoi je suis coupable". Face au cardinal, la magistrate, elle, s'est aussi étonnée que le dossier du père Preynat, retrouvé dans les archives du diocèse, ait été "léger" et que rien n'ait été trouvé à son sujet dans un "coffre-fort" de l'officialité, où siègent les juges canoniques de l'archi-diocèse. Pour elle, "cela ne fait qu'alimenter le doute" sur les silences de l'Église lyonnaise : or, "n'est-ce pas le pape lui-même qui dit que la dénonciation s'impose à chaque fois que des faits sont connus ?". Et le primat des Gaules de conclure : "Franchement, je ne vois pas de quoi je suis coupable".

Interrogé juste avant, son ancien chef de cabinet, Pierre Durieux, avait lui choisi de lire un texte dans lequel il qualifiait la procédure de "chasse à l'homme". Et de ne répondre à aucune question, provoquant là encore l'indignation des neuf victimes.