Georges Tron : les enjeux d'un nouveau procès sous tension

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Renvoyé en décembre 2017 après une série d'incidents, le procès de l'ex-secrétaire d'Etat, accusé de viols en réunion, doit commencer mardi à Bobigny dans une atmosphère qui s'annonce tendue.

 

Ils se sont quittés il y a presque un an, dans une ambiance délétère. Ils se retrouvent mardi, toujours devant les assises de Seine-Saint-Denis, dans un contexte qui pourrait être tout aussi tendu. Les différents acteurs du procès du maire de Draveil Georges Tron, accusé de viols en réunion au côté de son ancienne adjointe à la Culture, Brigitte Gruel, ont rendez-vous à Bobigny pour le "vrai" procès de l'affaire, après un renvoi retentissant en décembre 2017. Et pour chacun, les enjeux sont lourds.

 

Quel président pour les débats ?

En 2017, l'attitude du président de la cour d'assises, Régis de Jorna, était l'un des principaux points de crispation de l'audience. Son ton et le choix de ses mots ont parfois choqué. "Mais est-ce qu’il ne fallait pas mieux l’affronter une bonne fois pour toutes, dire ‘je veux que ça s’arrête ?’", a-t-il par exemple demandé à l'une des plaignantes, s'attirant les foudres des associations féministes sur les réseaux sociaux. Deux mois après l'émergence du hashtag #Balancetonporc, plusieurs personnalités politiques ont à l'époque pris position, jugeant que le magistrat illustrait la rigidité du système judiciaire face aux victimes d'agressions sexuelles. "Lire le LT des journalistes du procès Tron, voir le ton avec lequel les plaignantes sont interrogées -> arrêter de se demander la bouche en cœur pourquoi les femmes n'osent pas porter plainte", a par exemple tweeté l'ancienne ministre Cécile Duflot.

L'argument a fini par être utilisé par la défense, jugeant que la "sérénité" des débats n'était plus assurée, et a pesé dans la décision de renvoi, officiellement liée à l'impossibilité de tenir le procès dans les délais impartis - dix jours. Cette fois audiencé sur quatre semaines, le procès se tiendra-t-il dans un climat plus serein ? La personnalité et l'attitude du président seront en tout cas observés de près. En 2017, Eric Dupond-Moretti avait révélé à l'audience une confidence de Régis de Jorna, selon laquelle il aurait préféré que "ce soit une femme qui préside".

Quelle stratégie pour la défense ?

À Bobigny, les regards seront aussi tournés vers ceux qui ont provoqué le "faux départ" du premier procès. Après quatre jours de débats, les parties civiles et l'avocat général avaient concédé que le procès ne pouvait plus se poursuivre… au terme d'une rocambolesque journée, marquée par les coups d'éclat des avocats de Georges Tron, Eric Dupond-Moretti et son associé Antoine Vey. "Il y a une tension, un militantisme dans ce procès. C'est devenu une espèce d'enceinte où l'on vient militer", s'était défendu le premier. En face, les conseils des parties civiles avaient pointé "une stratégie de bulldozer" et un "terrorisme judiciaire".

"Le débat judiciaire, ce n'est pas l'intimidation, le rapport de force, la violence verbale, l'insulte", avait été jusqu'à déplorer la procureure générale de Paris Catherine Champrenault après le renvoi du procès, sans citer de nom. "On peut dire les choses en respectant son adversaire, les grands avocats ont toujours su le faire", avait-elle encore souligné.

Quels arguments pour Georges Tron ?

"L'opinion publique retiendra que vous n'avez pas voulu être jugé", avait asséné l'avocat général Frédéric Bernardo au principal accusé avant le renvoi. "Celui qui est innocent, il s'empresse de s'expliquer. Six ans de procédure, et on n'a toujours pas de réponse", avait-il appuyé, soulignant que Georges Tron n'avait jamais été entendu par la cour sur le fond. Interrogé une seule fois sur sa pratique de la réflexologie plantaire, dont les plaignantes affirment qu'elle a servi de préalable à leurs viols, le maire de Draveil s'était montré particulièrement sûr de lui, évoquant son intérêt de longue date pour les médecines alternatives.

"Ce que je souhaite, c'est qu'on puisse avoir des explications les uns les autres, mais que ça puisse se faire dans la sérénité", avait affirmé l'édile à la fin du procès avorté. Devant les assises, il devra cette fois répondre des accusations de viols en réunion, d'agressions sexuelles et de harcèlement décrits par deux anciennes employées municipales de Draveil, Eva Loubrieu et Virginie Ettel. Au côté de sa co-accusée Brigitte Gruel, le maire sera aussi invité à réagir aux dépositions de la cinquantaine de témoins attendus à la barre.