Favoritisme à l'INA : 18 mois de prison avec sursis requis contre Mathieu Gallet

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Le tribunal rendra son jugement le 15 janvier quant aux soupçons de favoritisme qui pèsent sur Mathieu Gallet, ancien président de l'INA
Le tribunal rendra son jugement le 15 janvier quant aux soupçons de favoritisme qui pèsent sur Mathieu Gallet, ancien président de l'INA © Thomas SAMSON / AFP
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Au terme d'une audience de onze heures, le parquet de Créteil a requis 18 mois de prison avec sursis et 40.000 euros d'amende à l'encontre de Mathieu Gallet, président de l'INA entre 2010 et 2014 pour des faits de "favoritisme".

Des marchés publics litigieux, un dirigeant pour qui les règles étaient "totalement inconnues" : le procès pour "favoritisme" de l'ex-président de l'Institut national de l'audiovisuel (INA) Mathieu Gallet a disséqué la gestion de cet établissement public, déjà écornée par l'affaire des frais de taxis de sa successeure.

18 mois de prison et 40.000 euros d'amende requis. Après onze heures d'audience, le parquet de Créteil a réclamé dans la nuit de jeudi à vendredi 18 mois de prison avec sursis et 40.000 euros d'amende à l'encontre de l'actuel président de Radio France, qui a dirigé l'INA entre 2010 et 2014. Le haut fonctionnaire est soupçonné d'avoir "favorisé" certaines sociétés de conseil, auxquelles l'établissement public a versé plus de 400.000 euros.

Quel rôle pour Denis Pingaud ? Le tribunal correctionnel a notamment tenté de comprendre le rôle de Denis Pingaud, un professionnel de l'audiovisuel engagé par Mathieu Gallet comme "conseiller externe", pour la communication de l'INA. L'ancien patron a insisté sur les "compétences rares" de ce conseiller "couteau suisse". Rémunéré 5.000 euros par mois, Denis Pingaud a ainsi perçu au total 130.000 euros hors taxes, facturés par une société qu'il dirigeait : Balises. Pourquoi alors ne pas l'avoir mis en concurrence, puisque cette somme dépassait le seuil obligeant l'INA à respecter les règles des marchés publics ?

Une méconnaissance des règles. "Avant mon arrivée à l'INA, je n'avais jamais été confronté à ces questions de marché public", s'est défendu Mathieu Gallet. "C'était quelque chose qui m'était totalement inconnu", a-t-il poursuivi, en avouant s'être "reposé sur les équipes en place", qui ne lui ont pas transmis de "signaux d'alerte" sur la nécessité de mettre son conseiller en concurrence.

Un "coach personnel" ? Denis Pingaud aurait plutôt servi de "coach personnel" à Mathieu Gallet, financé "avec de l'argent public", notamment pour lancer sa candidature à la direction de Radio France, a accusé la procureure Amélie Cladière. "Laisser accroire que Denis Pingaud a fait ma candidature pour Radio France, c'est au minimum insultant, au pire diffamatoire", a répondu Mathieu Gallet. Face à ces accusations, la défense a dénoncé une "enquête à charge" du parquet, qui ne donne la parole qu'aux "soldats d'Agnès Saal", la successeure de Mathieu Gallet par qui l'enquête a commencé, au sein de l'INA.

Un appel d'offres jugé trop court. Les investigations pointaient également d'autres irrégularités, avec la société de conseil Roland Berger Strategy. L'INA avait conclu avec elle un marché public de 289.000 euros hors taxes, au terme d'un appel d'offres de cinq jours en 2013. "Trop court", selon la procureure qui a également estimé que Mathieu Gallet avait faussé la concurrence en laissant entendre à Roland Berger dès 2010 que l'INA aurait besoin de conseils pour fusionner certaines de ses directions.

Une "énorme confusion". Ses avocats ont fustigé une "énorme confusion" sur l'attribution du marché public. Ils ont appelé d'anciens employés de l'INA à la barre, qui ont décrit une procédure "en deux temps" respectant selon eux les règles de mise en concurrence : les sociétés avaient seulement quelques jours pour envoyer leur "fiche d'identité" à l'INA, mais disposaient de plusieurs semaines pour formuler une véritable offre commerciale. Le tribunal rendra son jugement le 15 janvier.