ENQUÊTE - Comment l’affaire Fillon a bouleversé le métier d’assistant parlementaire

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Depuis l'été 2017, et l'affaire Fillon, les députés ne peuvent plus embaucher de proches. 2:39
Depuis l'été 2017, et l'affaire Fillon, les députés ne peuvent plus embaucher de proches. © Eric FEFERBERG / AFP
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Depuis l'été 2017 et l'affaire Fillon, les députés ne peuvent plus embaucher de proches. Une injustice pour certains qui ont trouvé une parade : embaucher les proches d'un autre. Mais le "Penelope Gate" a eu aussi un effet positif sur le métier d'assistant parlementaire. 
ENQUÊTE

C'est une affaire qui a marqué une élection présidentielle, mais aussi toute la classe politique. Après avoir été repoussé lundi en raison de la grève des avocats, le procès de l'affaire Fillon s'ouvre ce mercredi. L'ancien candidat de la droite à la présidentielle de 2017 est soupçonné d'emplois fictifs pour avoir rémunéré son épouse Pénélope en tant que collaboratrice à l'Assemblée. Mais depuis ce scandale, l'hémicycle a pris ses dispositions pour que la situation ne se reproduise plus. 

Interdiction d'embaucher un(e) conjoint(e) ou ses enfants

Cette sécurité prend la forme d'une loi, effective depuis l'été 2017, qui stipule qu'un député ou un sénateur ne peut plus embaucher sa conjointe ou son conjoint, ni ses enfants, sous peine de trois ans de prison et 45.000 euros d'amende. Depuis sa promulgation, au moins 42 collaborateurs ont été licenciés de l'Assemblée et du Sénat, tous les autres ont dû démissionner d'eux-mêmes. Seulement voilà, cette nouvelle politique a provoqué le mécontentement de certains parlementaires. 

Car l'affaire Fillon a provoqué un amalgame entre emplois familiaux et emplois fictifs. À l'Assemblée nationale, plusieurs voix dénoncent ainsi une injustice : dans les entreprises, on peut embaucher ses enfants sans que cela pose problème, alors que c'est désormais interdit en politique. "Ma conjointe collaboratrice allait dans les services, travaillait les dossiers, était présente à toutes les réunions de l'Assemblée", égrène au micro d'Europe 1 le député écologiste ex-LREM François Michel Lambert, qui a dû la licencier depuis. "Elle était connue de toutes et de tous, peut être parfois plus connue que moi. C'est terrible parce qu'il y a une tromperie : les problèmes perdurent et quelques personnes ont été sacrifiées."

La parade à la nouvelle loi

Promulguée pour que l'Assemblée soit plus transparente, cette loi a semble-t-il eu, dans une certaine mesure, l'effet inverse. "On est entré dans un système beaucoup plus nébuleux : parce qu'il y a toujours des 'fils de'. Ils ne travaillent plus pour leur père ou leur mère, mais pour un autre député", explique Astride Morne, collaboratrice et responsable syndicale UNSA USCP. "C'est une petite combine, mais en même temps, l'emploi familial peut être de qualité. Ça peut être des gens qui travaillent très bien, qui ont fait les études pour, et ont une compétence certaine." Toutefois, cette pratique reste marginale, et doit être déclarée.

Pour autant, le "Penelope Gate" a eu un effet positif : la mise en lumière de la réalité du travail d'assistant parlementaire, dans lequel les journées à rallonge, et le travail de nuit sont légions. Ce qui a permis d'assainir certaines pratiques. Si auparavant un député pouvait demander des "choses qui n'ont rien à voir avec les tâches habituellement dévolues à un attaché parlementaire, comme garder un enfant, aller chercher des affaires au pressing, ou encore renvoyer un colis postal", c'est désormais moins courant. Une fiche métier a même été mis en place pour circonscrire les tâches des collaborateurs. 

Seul bémol de cette initiative, elle est facultative. Ce qui permet à Tavana Livardjani, collaborateur du syndicat SNP FO, de rappeler qu'un "des sujets importants dans toute cette histoire, c'est ce qu'un député peut demander à son collaborateur". 

Europe 1
Par Claudia Bertram, édité par Ugo Pascolo