Violences policières : un an après la naissance des gilets jaunes, "la justice tarde à passer", selon David Dufresne

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4.000 blessés ont été décomptés, dont 2.500 manifestants en un an de mobilisation des "gilets jaunes" 2:20
4.000 blessés ont été décomptés, dont 2.500 manifestants en un an de mobilisation des "gilets jaunes" © BORIS HORVAT / AFP
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Invité de Patrick Cohen samedi matin, le journaliste et écrivain David Dufresne, spécialiste des violences policières, notamment pendant le mouvement des "gilets jaunes", aborde la question de la légitimité de la police à être violente. Durant cette année de mobilisation, 4.000 blessés ont été décomptés, dont 2.500 manifestants.  
INTERVIEW

Pour le premier anniversaire des manifestations des "gilets jaunes", David Dufresne revient sur la question de la légitimité des violences policières, très fortes durant les mobilisations et dont il a tiré un roman, Dernière sommation. Selon le journaliste, invité de Patrick Cohen samedi sur Europe 1, cette légitimité de la police à être violente "s'acquiert et se discute, elle n'est pas coulée dans le marbre."

"Le maintien de l'ordre répond à deux exigences : la juste nécessité de l'usage de la force et la proportionnalité. Si l'un et l'autre ne sont pas respectés, alors la légitimité est mise en cause", explique l'écrivain. Pour lui, la justice n'est pas assez rapide pour se prononcer sur ces cas. "L'ONU, le conseil de l'Europe, le Parlement européen ont considéré qu'il y avait des soupçons de violences illégitimes. Pourtant on voit que la justice tarde à passer pour voir où est-ce qu'il y a eu des cas de violence illégitimes", estime David Dufresne. 

Le journaliste prend l'exemple d'un manifestant de 16 ans, Lilian, dont la mâchoire a été brisée par un tir de balle de défense : "Il a été défiguré, il s'est nourri à la paille pendant 3 mois. Déscolarisé, il a dû quitter sa région, et on a appris récemment que la justice ne passerait pas, sa plainte a été classée sans suite. Ce cas, et il y en a d'autres, ce sont des drames humains terribles. Des vies brisées. Les gens qui ont perdu un œil, ils ont parfois aussi perdu un métier, un compagnon", détaille celui qui est aussi réalisateur de documentaires.  

Une police beaucoup plus violente ces dernières années ? 

L'opinion est pourtant assez partagée sur la question de l'usage de la force par la police. En avril, 39% des Français trouvaient qu'il avait été excessif, 29% adapté, et 32% insuffisant. Pour David Dufresne, il faut "éviter de croire que toutes les images montrées sur les chaînes d'informations en continu sont LA vérité. Elles donnent une vision de la réalité seulement, une perspective, celle du pouvoir, la "vérité officielle". Aujourd'hui il faut se servir de deux perspectives, celles de la police, de l'ordre, mais aussi la documentation et les images du camp d'en face."

Enfin, le journaliste estime que la manière dont travaille la police a beaucoup évolué ces dernières années. Alors qu'avant, elle "montrait sa force pour ne pas s'en servir, d'éviter un maximum de casse humaine", cette vision des choses a, selon lui, volé en éclat depuis les mobilisations sociales des dernières années. "Ce que l'on voit c'est quelque chose d'extrêmement intense, d’extrêmement massif, qui a interrogé notamment des médecins, qui demandent un moratoire sur les armes, parce qu'ils ont vu une quarantaine de personnes gravement blessées", explique David Dufresne.  

En janvier 2019, Dunja Mijatovic, la commissaire aux droits de l'Homme du Conseil de l'Europe, invitait "les autorités françaises à mieux respecter les droits de l'Homme" dans le cadre du mouvement des "gilets jaunes". 

Europe 1
Par Thomas Vichard