Covid-19 : pourquoi le télétravail favorise le recours à la chirurgie esthétique

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Certaines cliniques de chirurgie esthétique ont vu leur nombre de consultations augmenter de 40% depuis le début de l'épidémie de Covid-19. 4:01
Certaines cliniques de chirurgie esthétique ont vu leur nombre de consultations augmenter de 40% depuis le début de l'épidémie de Covid-19. © Philippe LOPEZ / AFP
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Phénomène inattendu et pour le moins curieux : la crise du Covid-19 et la généralisation du télétravail se sont accompagnés d'une augmentation sensible des opérations de chirurgie esthétique. À la maison, les Français passent plus de temps avec eux-mêmes... et avec leur image.
ENQUÊTE

À première vue, il n'y a aucun rapport entre la chirurgie esthétique et la pandémie de Covid-19. Et pourtant, depuis la fin du premier confinement, le nombre d'opérations de ce genre s'est envolé, avec une croissance à deux chiffres. Le phénomène a de quoi surprendre, mais il serait lié à l'explosion du télétravail. Chez eux, face à leurs miroirs, leur webcam ou aux réseaux sociaux, les Français sont davantage confrontés à l'image qu'ils renvoient ou souhaiteraient renvoyer, ce qui peut générer de nombreuses frustrations.

La demande en interventions de chirurgie esthétique a augmenté de 20 à 30% avec les confinements à répétition, indique la profession. Un chiffre qui grimpe même de 40% dans certaines cliniques. En cause notamment : le recours de plus en plus fréquent à la visioconférence dans le cadre du télétravail, ce qui a totalement bouleversé notre rapport à notre propre image. On se voit, en permanence, soi-même, en bas de l'écran. Cette situation crée de vraies failles, explique à Europe 1 le psychanalyste Saverio Tomasella : "Quand on se voit dans le regard des autres, et que ce regard est aimant, ou du moins bienveillant, on se voit comme une personne suffisamment belle, intéressante, aimable. Mais sur l'écran froid, technique, la caméra semble mettre en valeur ce qu'on trouve être des défauts, et l'on va se focaliser sur eux."

À la maison on passe également plus de temps devant nos écrans, on est donc encore plus confrontés aux images, notamment sur les réseaux sociaux, qui diffusent l'injonction à la minceur ou à avoir un corps musclé.

Les avantages du confinement

Dans les cliniques, les patients affluent, soucieux de régler le plus rapidement possible ce qu'ils considèrent comme un problème. Et l'élément déclencheur est souvent le même… "Les patientes le verbalisent spontanément, elles nous disent : 'mes paupières ne me plaisent pas parce que j'ai l’impression qu’elles sont lourdes, ça me gène, dans les vidéos je me suis rendu compte que ça s’est aggravé ces derniers mois'", rapporte le docteur Philippe Pelissier qui travaille dans un établissement parisien où s'est rendu Europe 1. Liftings, opérations des lèvres, des paupières, du cou… la plupart des nouvelles demandes concernent le visage.

Dans un couloir de cette clinique, Caroline, soucieuse de son apparence, attend pour un lifting. Elle a profité du confinement pour prendre rendez-vous. "Si je veux être discrète vis-à-vis de mon entourage parce que j’ai un hématome, je dois pouvoir rester enfermée chez moi pendant une dizaine de jours", explique-t-elle.

Car souvent, l'idée d'une convalescence à l'abri des regards, en cette période d'isolement imposé, aide à franchir le pas, notamment lorsqu'il s'agit d'interventions plus lourdes, sur le corps par exemple. Marie, sur le point de subir une liposuccion et une remodelage des fesses, devra rester plusieurs semaines debout ou sur le ventre après l'intervention, une situation plus confortable à vivre avec le télétravail : "Dans un openspace, je ne peux pas rester debout quand tout le monde est assis, c'est un peu bizarre. Alors que je peux me le permettre en télétravail."

Autre phénomène qui accroît la demande : les dépenses liées aux vacances ayant souvent été annulées en raison de la fermeture des frontières ou des restrictions de déplacement, certains patients ont choisi d'utiliser tout ou partie de ce budget pour passer sous le bistouri.

Des établissements qui ne sont pas soumis à la pression épidémique

Si les autorités de santé demandent aux hôpitaux de déprogrammer les soins non-urgents pour pouvoir gérer les malades du Covid-19, les cliniques spécialisées ne sont pas soumises à cette demande, confirme l'Agence régionale de Santé, parce qu'elles n'ont pas de service de réanimation. Certains chirurgiens esthétiques interrogés par Europe 1 assurent toutefois qu'ils réduisent quand même un peu la cadence, car leurs infirmières partent faire des remplacements en réanimation ailleurs.

Mais d'autres confient à mi-mot un sentiment de gêne, un malaise, face à ce qu'ils considèrent être des opérations "de confort". Pendant le premier confinement, les cliniques ne pratiquant que la chirurgie esthétique étaient d'ailleurs fermées, pour que toutes leurs infirmières puissent prêter main forte au système hospitalier. Désormais, ça n'est plus le cas.

Europe 1
Par Théo Maneval, Joanna Chabas et Romain David