Covid-19 : les écoles au bord de l’implosion… et menacées de fermeture

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La pression sanitaire dans les établissements scolaires ne faiblit pas, notamment en Île-de-France et dans les Hauts-de-France, où les chiffres de suivi de l'épidémie de Covid-19 atteignent chez les plus jeunes des niveaux inédits. Les professionnels réclament de nouvelles mesures et le gouvernement envisage même à mots couverts une fermeture.

Malgré le contexte épidémique, maintenir les écoles ouvertes reste une priorité pour le gouvernement. Mais ces dernières semaines, les cas positifs au Covid-19 et les fermetures de classe se sont multipliés, notamment dans une grande partie des 16 départements replacés sous confinement. Sur le terrain, les enseignants et les soignants en milieu scolaire se disent exténués. Dans les coulisses de l'exécutif, on s'inquiète d’une dégradation plus importante de la situation, une dégradation qui forcerait à durcir encore un peu plus le ton, et pourquoi pas, désormais, en fermant les écoles.

Une forte augmentation des contaminations chez les plus jeunes

Sur les deux dernières semaines en Île-de-France, l'incidence a doublé chez les moins de 10 ans, passant de 129 à 275 cas positifs pour 100.000 habitants, un taux jamais atteint jusqu'ici. La situation est aussi inquiétante dans les Hauts-de-France, avec une incidence qui passe de 138 à 258 en un mois. Ces niveaux n'avaient encore jamais été mesurés chez les plus jeunes dans ces deux régions sous surveillance. 

À ce stade, le ministère de l'Education nationale refuse de donner les résultats académie par académie des tests salivaires déployés en maternelle et en primaire. Le ministre Jean-Michel Blanquer a toutefois indiqué que nationalement le taux de positivité des tests pratiqués était de 0,5%. Mais selon des données de l'Agence régionale de santé d'Île-de-France, dont Europe 1 a pu prendre connaissance, ce taux est presque trois fois supérieur dans la région francilienne : 1,37 %. 

Des données potentiellement sous-estimées dans les collèges et les lycées

Les chiffres d'incidence interpellent aussi chez les 10-19 ans, c'est-à-dire chez les collégiens et les lycéens. Car là, on approche de la barre des 500 cas pour 100.000 adolescents dans les Hauts-de-France, tandis que l'Île-de-France affiche une incidence de 673 cas pour 100.000 adolescents. Et ces chiffres sont potentiellement sous-estimés, car les tests salivaires n'ont pas encore été déployés dans les collèges et les lycées ; seuls les tests antigéniques avec prélèvement nasal y sont proposés, mais seulement 10% des élèves accepteraient de s'y soumettre. 

Dans l'ensemble, les données de suivi de l'épidémie chez les moins de 20 ans en Île-de-France et dans les Hauts-de-France sont bien au-delà de la moyenne nationale, même si les cas positifs chez les plus jeunes augmentent partout en France. Au total, 2.000 classes ont été fermées la semaine dernière, un chiffre multiplié par quatre depuis le début du mois.

Sur le terrain, des infirmiers scolaires sous pression

"Tous les jours on a au moins un ou deux élèves suspicieux Covid. On l’isole et il va se faire tester. On est obligé de condamner l’infirmerie 15 minutes, on aère tout, on désinfecte", témoigne auprès d'Europe 1 Laurent, infirmier scolaire au Lycée Voillaume à Aulnay-Sous-Bois. Dans cet établissement de 2.400 élèves, les deux infirmiers scolaires sont débordés. "On a plein de nouveaux cas. Il faut que je fasse des mails pour annoncer aux familles que les classes sont fermées." 

Une situation qui s'ajoute à la gestion des problèmes du quotidien : les petites blessures, les maux de tête, mais aussi la détresse psychologique des élèves, car certains ont perdu des proches et peuvent avoir des pensées suicidaires, rapporte Laurent. "Je sais qu’en rentrant à la maison j’ai besoin d’une bonne heure avant de reparler de choses qui sont de l’ordre de la banalité, parce que c’est de plus en plus compliqué…"

Privilégier un fonctionnement par demi-groupes

"Il vaudrait mieux prendre des mesures de freinage maintenant plutôt que d'attendre encore plusieurs semaines", observe au micro d'Europe 1 l'épidémiologiste Dominique Costagliola. À ses yeux, il est urgent de dédoubler toutes les classes, alors que dans les départements confinés seuls les lycées sont contraints à un système de demi-jauge. "Il est préférable de couper les classes en deux, ce qui implique d'avoir des locaux supplémentaires. Si toute la classe est là pendant une semaine et pas celle d'après, l'impact n'est pas le même que si les élèves viennent chaque jour, mais seulement réunis par demi-groupes", explique-t-elle.

"Il faudrait du moins que des mesures soient prises pour le collège", insiste Raphaël, un professeur de collège en Seine-Saint-Denis, également interrogé par Europe 1 sous couvert d'anonymat. "En France, on n'a pas de tables individuelles, c'est-à-dire que les élèves partagent une table double et donc, forcément, ils sont contraints de se toucher. Il n'y a aucune distanciation qui peut être mise en place en l'absence de demi-groupes, puisque je rappelle que le ministre s'est opposé à une mise en place de ce système manière généralisée sur le long terme", observe-t-il.

Dans les couloirs du gouvernement, l'hypothèse d'une fermeture

Pour l'instant, l'exécutif reste les yeux rivés sur les secteurs les plus inquiétants, dont les hôpitaux et les établissements scolaires. "Pour début avril, les projections ne sont pas bonnes", nous confie un conseiller. En haut lieu, on évoque discrètement l'obligation de fermer les écoles, ce qui pourrait être un premier désaveu à la stratégie du "freiner sans enfermer" prônée par le Premier ministre Jean Castex.

Par Anne Le Gall, Virginie Riva, Joanna Chabas, Michaël Darmon et Romain David