Plus contagieux, plus résistant, mais moins répandu : faut-il avoir peur du "variant Henri Mondor" ?

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Un nouveau variant du coronavirus est sous surveillance en France.
Un nouveau variant du coronavirus est sous surveillance en France. © AFP
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Un nouveau variant du coronavirus, le "variant Henri Mondor" - du nom de l'hôpital où il a été identifié -, porteur de mutations qui pourraient le rendre plus transmissible ou réduire sa sensibilité à la vaccination, est sous surveillance en France. Il représenterait aujourd'hui environ 2% des nouvelles contaminations.

Un nouveau variant du coronavirus est sous surveillance en France. Le "variant Henri-Mondor", du nom de l'hôpital de Créteil où il a été identifié, est porteur de mutations qui pourraient le rendre plus transmissible ou réduire sa sensibilité à la vaccination. Sa circulation ne se limite pas à l'Île-de-France puisque des cas ont été observés grâce au séquençage dans le sud de la France, mais aussi en Bretagne. Il représenterait aujourd'hui environ 2% des nouvelles contaminations.

Un "variant d'intérêt"

Il s'agit d'un "variants d'intérêt" ou" variants à suivre", dont les caractéristiques génétiques potentiellement problématiques justifient une surveillance. Il n'a pas pour le moment été classé "variant préoccupant" comme les variants anglais, sud-africain ou brésilien, qui aggravent l'épidémie et la rendent plus difficile à contrôler. 

Identifié il y a six semaines, ce variant a tout de suite attiré l'attention des chercheurs, comme l'explique Jean-Michel Pawlotsky, infectiologue à l'hôpital Henri Mondor, invité d'Europe Matin. "C'est un virus qui ne ressemblait pas aux virus qu'on a l'habitude de voir. Il a 18 mutations sur son génome, qui appartiennent tous à cette classe de variants avec la fameuse protéine Spike, qui est très importante puisque c'est la protéine qui permet aux virus de rentrer dans les cellules. Donc, immédiatement, on s'est rendu compte que c'était quelque chose de différent", se souvient le scientifique.

Une potentielle résistance vaccinale

S'il n'est a priori pas synonyme de formes plus graves du Covid, le "variant Henri Mondor" est en effet suivi de près par les chercheurs car l'une de ses 18 mutations est particulièrement inquiétante. "Une des deux mutations est présente sur la protéine du virus qui lui permet de s'attacher aux cellules qu'il infecte. C'est cette protéine qui est ciblée par la vaccination et cette mutation pourrait donc jouer un rôle vis-à-vis de la résistance vaccinale", explique Yannick Simonin, virologue à l’Inserm. 

Une hypothèse que confirme Jean-Michel Pawlotsky, de l'hôpital Henri Mondor. "C'est un virus qui est potentiellement plus contagieux et nous sommes en train de le vérifier au niveau des cultures de cellules, pour voir s'il y a une modification de l'infectiosité. Et surtout, nous vérifions si le virus est aussi sensible aux anticorps neutralisant, en particulier ceux induits par la vaccination, que les autres virus qui circulent aujourd'hui. Car c'est ce qui nous intéresse pour l'avenir".

Peu répandu à l'heure actuelle

Les chercheurs vont donc continuer à séquencer les nouveaux cas afin de savoir si ce "variant Henri Mondor" sera réellement plus résistant à la vaccination. Ils vont également surveiller son évolution dans les prochaines semaines pour déterminer s’il pourrait prendre le dessus sur d’autres variants, ou s’il ne restera qu’un mutant parmi les centaines d'autres déjà observés. 

Car comme le rappelle Jean-Michel Pawlotsky, le variant "Henri Mondor" n'est pas encore aussi répandu que les autres. "On en trouve pas mal dans la région parisienne, en particulier dans le Val-de-Marne et en Seine et Marne. Mais on en a également trouvé en Bretagne, au niveau d'un cluster dans un Epad, et il y a également pas mal de cas qui ont été rapportés en Dordogne et quelques cas dans le Sud-Est. Donc il y en a un peu partout en France mais dans des proportions qui restent relativement faibles. Maintenant la grande question va être 'Est-ce qu'on va en avoir de plus en plus ou va-t-il finir par être étouffé par ceux qui progressent plus vite ?'".

Europe 1
Par Victor Dhollande, édité par Laetitia Drevet