Consentement sexuel : "Le couple, l'intimité, ne sont pas à l'abri des inégalités de la société"

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Caroline de Haas 2:52
"Nous avons voulu mesurer, avant de parler de violences ou d’agressions sexuelles, tout ce qui concerne la pression", explique Caroline de Haas, militante féministe, membre du collectif "Nous toutes". © Europe 1
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Neuf femmes sur dix déclarent avoir eu une fois dans leur vie une relation sexuelle non consentie avec un de leur partenaire. Ce sont les résultats d'une enquête réalisée en ligne par le mouvement #Noustoutes, qui a recueilli 100.000 réponses en une dizaine de jours. "Le consentement doit être libre, éclairé", rappelle Caroline de Haas, militante féministe, membre du collectif "Nous toutes", sur Europe 1.
INTERVIEW

Le mouvement #NousToutes a révélé mercredi les résultats d’un questionnaire en ligne. Et les chiffres sont édifiants : neuf femmes sur dix déclarent avoir eu une fois dans leur vie une relation sexuelle non consentie avec leur partenaire. L’enquête n’a pas de valeur scientifique, néanmoins 100.000 réponses ont été données en une dizaine de jours par une majorité de femmes de moins de 35 ans. "Nous avons voulu mesurer, avant de parler de violences ou d’agressions sexuelles, tout ce qui concerne la pression", explique Caroline de Haas, militante féministe, membre du collectif "Nous toutes", sur Europe 1.

Céder n'est pas n'est pas synonyme de consentir

D'après les résultats de l'enquête, la majorité des femmes au sein du couple se sont déjà forcées ou ont subi une pression lors d'un acte sexuel. "Le couple, l’intimité, ne sont pas à l’abri des inégalités de la société", analyse Caroline de Hass. "Les inégalités femmes-hommes sont partout, aussi dans nos intimités. Et les conséquences sont que le désir, le plaisir, les envie des femmes sont minimisés, niés."

"Lorsqu'on discute avec ces jeunes femmes, on se rend compte qu’elles connaissant peu leurs corps, leurs désirs, qu’elles n’ont pas l’impression de pouvoir les exprimer", décrypte la militante. "Et elles ont en face d’elles des partenaires qui connaissent peu le corps de leur compagne et qui n’ont pas forcément le souhait, l’idée de leur demander ce qu’elles veulent."

Avec cette enquête, le mouvement veut transmettre un message : dire oui, céder ou accepter n’est pas synonyme de consentir. "Le consentement doit être libre, éclairé et cela implique qu’il n’y ait pas de rapport de pression ou de chantage, et à aucun moment un acte de violence", affirme Caroline de Haas. 

Huit femmes sur dix ayant répondu à l'enquête expliquent avoir été victimes de remarques désobligeantes, voire de violences au moment d'un acte sexuel. "Dans un rapport où il y a de la violence, le consentement est difficilement éclairé", souligne la membre du collectif #Noustoutes. 

L'éducation au consentement

Derrière ces constats, la notion de "devoir conjugal" reste vivace. "Le devoir conjugal n’a pas disparu de nos imaginaires et de nos représentations collectives", constate Caroline de Haas. "Quand on n’a pas envie d’avoir un rapport sexuel, on n’a pas à en avoir un."

Le mouvement #Noustoutes a délibérément choisi d'éviter le mot "viol" dans les trente questions posées aux individus ayant répondu. "Si on l’avait mis, je ne suis pas sûre que toutes les femmes auraient répondu de la même manière", explique Caroline de Haas. "Il est très difficile de reconnaître qu’on a été victime de viol. En particulier quand cela vient d’une personne qu’on aime. On a préféré définir les actes plutôt que de mettre des mots dessus." Pour rappel, juridiquement, un viol est un acte de pénétration commis avec contrainte, menace, surprise ou violence. 

"Nous demandons au gouvernement de faire une enquête massive, représentative qui permet de regarder réalité de cette problématique chez les jeunes et chez les moins jeunes. On a un outil pour apprendre dès le plus jeune âge à respecter le consentement de l’autre, c’est l’Education nationale", affirme la militante féministe. D'après l'enquête, une femme sur dix a cédé aux attentes de son partenaire pour son premier rapport sexuel. "Pourquoi on n’apprendrait pas aux enfants dès le plus jeune âge à respecter le corps de l’autre, le consentement de l’autre ?", s'interroge Caroline de Haas.