Comment les Restos du coeur tiennent bon malgré les difficultés

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Depuis 2015, les bénévoles des Restos du coeur distribuent plus de 130 millions de repas chaque année.
Depuis 2015, les bénévoles des Restos du coeur distribuent plus de 130 millions de repas chaque année. © GUILLAUME SOUVANT / AFP
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L’association caritative, qui organise sa collecte nationale vendredi et samedi, doit faire face à une augmentation du nombre de repas distribués, avec des ressources quasi identiques année après année.

Vous les verrez peut-être aux abords de votre supermarché, vendredi et samedi. Sac en plastique tendu, les 78.000 bénévoles mobilisés pour la collecte des Restos du cœur vont tenter de recueillir des denrées alimentaires dans 7.000 magasins. "Avec davantage de points de vente que l’année dernière, on vise logiquement plus de dons : 8.000 tonnes, contre 7.500 tonnes en 2017", indique à Europe1.fr le président de l’association, Patrice Blanc.

Les comptes dans le vert. Le week-end est crucial pour "les Restos" car, chaque année, le nombre de repas distribués augmente, comme si la reprise économique n’avait pas d’influence sur la précarité. Environ 8 millions de repas en 2007, 115 millions de repas en 2012, 135 millions de repas en 2017… Olivier Berthe, le prédécesseur de Patrice Blanc, ne disait-il pas en 2012 que "tous les ans, quand on démarre la campagne, on n'a pas de quoi aller jusqu'au bout" ?

Aujourd'hui, les chiffres de la structure sont bons : depuis trois ans, le résultat net de l’association créée par Coluche en 1985 est positif, avec des ressources supérieures aux charges de 13,21 millions d’euros pour l’hiver 2016-2017. Mais ne dites pas au président des Restos du cœur que sa structure "se porte bien" financièrement, car l’augmentation de l’activité "est un mauvais signe pour la société française", déplore-t-il.

Inquiétude sur les subventions européennes. Pour parvenir à rester dans le vert alors que le nombre de bénéficiaires ne cesse de grimper, les Restos du cœur tentent d’être "les plus rigoureux possible", dixit Patrice Blanc. Cela passe d’abord par le maintien des frais de gestion (communication, fonctionnement, recherche de fonds…) à un niveau assez faible, équivalent à 7,5% de leur 186 millions d’euros de dépenses l’année dernière. Ensuite, les Restos ont développé le système de substitution en essayant de réaliser moins d’achats alimentaires, mais en misant davantage sur les dons agricoles et la récupération.

La loi sur la gaspillage alimentaire, en vigueur depuis février 2016, oblige d’ailleurs les grandes et moyennes surfaces à distribuer les invendus au lieu de les jeter. Désormais, l’association peut récupérer des produits de meilleure qualité et n’est plus considérée comme une "poubelle", selon Patrice Blanc. "Cette loi ne nous a pas fait découvrir ce qu’on appelle la 'ramasse', mais cela a accéléré le mouvement et amélioré la qualité de ce qu’on peut recevoir", explique-t-il.

" Un quart des repas ne pourraient plus être distribués si le Fonds d'aide aux plus démunis n'était pas prolongé. Pour nous, c’est vital "

Si les Restos continuent à s’en sortir, année après année, les obstacles ne manquent pas. Certes, les ressources collectées auprès du public restent au-dessus du seuil des 80 millions d’euros depuis maintenant six ans. Mais c’est l’apport de l’Union européenne qui inquiète, au travers de son Fonds pour l’aide aux plus démunis (FEAD) dont l’avenir est incertain après 2020. Et si les 25 millions d’euros de subventions (les chiffres de l’hiver dernier) disparaissaient ? "Un quart des repas ne pourraient plus être distribués. Pour nous, c’est vital", insiste le président de l’association, "très inquiet", qui a alerté les pouvoirs publics aux côtés des Banques alimentaires, de la Croix-rouge française et du Secours populaire. Selon les Restos du cœur, le gouvernement va "défendre la poursuite de ce fonds".

Il manque "plusieurs milliers de bénévoles". L’insuffisance de bénévoles réguliers, au nombre de 71.000, est un autre problème alors que l’activité ne faiblit pas. “On a eu un été extrêmement chargé”, expliquait déjà le président de l’association en novembre. "Les Restos sont ouverts, de plus en plus, en été. Les bénévoles sont un peu sur les rotules." Quelques mois plus tard, les carences sont toujours là : "Il nous manque plusieurs milliers de bénévoles pour que ceux qui sont déjà là puissent souffler." Avec l’ouverture l’année dernière d’une quinzaine de centres mobiles dans des camions en milieu rural, les besoins ne vont pas faiblir.

Les Restos du cœur victimes du conflit TF1/Canal+ ?

À court terme, le conflit entre TF1 et Canal+ pourrait avoir un impact sur les ressources des Restos. Explications : en diffusant le spectacle des Enfoirés, vendredi soir, la première chaîne assure à l’association une visibilité exceptionnelle, avec des retombées considérables dans les ventes de CD, DVD et autres produits dérivés. L’année dernière, l’opération avait rapporté plus de 15 millions d’euros.

Mais avec la coupure du signal TF1 par Canal +, pas encore totalement rétabli pour tous les abonnés, l’audience pourrait descendre sous le plancher des 10 millions de téléspectateurs, avec une visibilité et donc des ventes plus faibles, en plus de téléspectateurs de moins en moins nombreux.

"Tous les ans, il y a une érosion des audiences et malgré tout, l’album reste le plus vendu de l’année, loin devant le deuxième du classement. La vente de ces produits ne dépend pas de l’audience", nuance toutefois au Figaro Sophie Bazou, responsable du service "Enfoirés" aux Restos du cœur. Dans quelques semaines, avec les recettes liées au concert et les dons récoltés lors de la collecte du week-end, l’année 2018 paraîtra déjà un peu plus claire sur le plan financier pour l’association. Avant le lancement d’une énième campagne, l’hiver prochain.