Aurélie, 43 ans, manquait de confiance en elle : "Quand vous partez du principe que vous ne valez rien, il faut absolument compenser"

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Trop exigeante envers elle-même pendant des années, au point de faire un burn-out, Aurélie a fini par comprendre qu'elle manquait cruellement de confiance en elle. Elle s'en est ouverte à Olivier Delacroix vendredi.

VOS EXPÉRIENCES DE VIE

Après des années à s'imposer des objectifs inatteignables au travail et à faire de mauvais choix dans ses relations, Aurélie a compris que tout cela découlait d'un cruel manque d'estime d'elle-même. Après avoir suivi une thérapie, elle a compris que ce déficit prenait racine dans l'enfance, et essentiellement dans sa relation avec sa mère. Aujourd'hui, à 43 ans, elle va mieux. Elle a choisi de raconter son expérience à Olivier Delacroix, vendredi, sur Europe 1.

"Je parle de mon manque de confiance en moi au passé, car j'ai beaucoup travaillé dessus. Cela se traduisait par une exigence envers moi-même qui était absolument inatteignable et invivable. Il y a des côtés positifs : j'ai fait des études très brillantes, j'ai toujours été major de promo, j'ai toujours occupé des postes très exigeants… Jusqu'à ce que je fasse un burn-out, que j'ai payé assez cher physiquement.

Ce que je faisais n'était jamais assez bien. Il y avait toujours une insatisfaction envers moi-même. Comme j'avais ce regard extrêmement sévère envers moi-même, je pense que j'interprétais aussi le regard des autres. 

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Ça a démarré très tôt. Je viens d'une famille un peu dysfonctionnelle. J'ai intégré le regard que ma mère portait sur moi, et j'ai mis beaucoup de temps à m'en défaire. Jusqu'à ce que je comprenne que son regard à elle n'était pas une vérité absolue. Il a fallu que je prenne conscience que ce n'était pas mon regard à moi.

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Pour ma mère, j'étais superficielle, hautaine, méprisante, vénale et intéressée

L'insatisfaction première de ma mère, c'est qu'elle voulait un garçon. C'était donc raté de ce côté-là. C'était d'autant plus raté que j'étais sa deuxième chance, car elle avait eu une première fille. Je suis née par césarienne, et quand on m'a sortie, j'avais le cordon ombilical entre les jambes. Elle aimait raconter l'histoire qu'elle a cru pendant un temps que j'étais un garçon, et qu'elle n'a été déçue qu'une heure. Mais, quand vous multipliez cette heure par le nombre de fois où l'histoire a été racontée, ça fait beaucoup d'heures de déception cumulées. Et cela, c'est sans compter la kyrielle d'adjectifs qu'elle m'apposait. J'étais superficielle, hautaine, méprisante, vénale et intéressée.

Plus tard, j'avais l'impression de devoir prouver des choses, notamment au travail. Quand vous partez du principe que vous ne valez rien, il faut absolument compenser. Mais ça ne marche pas, c'est un cercle vicieux. Comme vous partez du postulat que vous ne valez rien, quels que soient les exploits que vous pouvez accomplir, ça ne compensera jamais le fait que vous ne valez rien. C'est typiquement ça qui peut amener un burn-out. Pour peu que vous tombiez sur un management qui perçoit cet excès d'exigence, et qui sait comment le manier, ça devient problématique…

Moi, on a commencé à me demander des rapports d'analyse à 11 heures pour 15 heures. Du coup, je faisais sauter le déjeuner. J'en ai fait sauter un, puis deux, puis trois… Jusqu'à rester jusqu'à 22 heures. Et je ne voyais pas où était le mal. Quand j'étais en arrêt de travail, j'étais considérée en télétravail. Le seul moyen que j'ai trouvé pour mettre un stop à ce cercle vicieux, c'est de me faire hospitaliser. Je savais qu'à l'hôpital, j'étais inatteignable, qu'ils n'oseraient pas me solliciter.

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Vous choisissez en pleine inconscience un travail qui va vous conforter dans cette image faussée que vous avez de vous

Dans la vie de couple, vous faites des mauvais choix aussi. Là où vous avez une difficulté professionnelle majeure, vous avez un compagnon qui vous dit : 'Oui mais tu es chiante, moi je n'ai pas signé pour ça !'. Tout est cohérent avec votre manque d'estime de soi, puisque vous la renvoyez aux yeux des autres, quelque part. Vous faites les mauvais choix de travail, puisque vous choisissez en pleine inconscience un travail qui va vous conforter dans cette image faussée que vous avez de vous. Et puis vous allez aussi choisir des relations qui vont vous conforter dans le fait que vous ne méritez pas d'être aimée. Dès lors, quand vous êtes hospitalisée, votre conjoint part en vacances…

J'ai réussi à mettre des mots sur ce que je ressentais entre le milieu et la fin de la vingtaine. J'ai commencé à identifier que j'avais un déficit d'estime. C'est dans les cinq, six années qui ont suivi que j'ai vraiment mesuré l'ampleur et les contours du phénomène. C'est comme ça que j'ai pu travailler dessus en thérapie. Par cette analyse empirique, vous finissez par mettre le doigt sur quelque chose. Ça permet d'avancer, et de ne pas s'imposer des choses. Il faut essayer de comprendre pourquoi on s'impose des choses, et pourquoi ça nous coûte. Pourquoi la réception n'est jamais à la hauteur de l'effort que vous fournissez.

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Désormais, je fais le tri dans mes relations en ne gardant que les gens qui sont à l'écoute, sans jugement et bienveillants

Quand on commence à consulter, on le fait parce qu'on ne va pas bien. C'est au fur et à mesure du travail qu'on comprend que ça vient de là. C'est une première étape. Ensuite, il faut déconstruire tout ce qu'on a intégré, et qui était faux, et ensuite trouver sa place à soi. Ça prend du temps.

La thérapie, c'est quelqu'un qui vous écoute pleinement, mais avec bienveillance. Désormais, je fais le tri dans mes relations en ne gardant que les gens qui sont à l'écoute, sans jugement et bienveillants. Quand vous venez d'une famille dysfonctionnelle où votre parole est constamment rabaissée, piétinée ou remise en cause, le fait d'aller voir un thérapeute est une bulle de sauvegarde.

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Je ne pensais pas que cette séance photo me ferait autant de bien, parce que physiquement, j'avais relativement confiance en moi

Un jour, j'ai eu l'idée de faire une séance photo pour me sentir mieux. Initialement, j'étais en train de négocier mon départ de l'entreprise pour laquelle je travaillais. Je me disais : 'Tu as 40 ans passés, c'est l'occasion, fais-toi des photos !' Cela faisait plusieurs années que je suivais une photographe sur Facebook, parce que je trouvais que ses photos étaient naturelles. Après avoir discuté, on est parti sur une séance de 25 photos, pendant toute une après-midi. J'étais très surprise du résultat.

Mon déficit de confiance en moi porte surtout sur le niveau intellectuel. Si je dois schématiser, je me disais : 'Je suis un peu co-conne, mais physiquement, j'ai été bien dotée'. Je ne pensais pas que cette séance photo me ferait autant de bien, parce que physiquement, j'avais relativement confiance en moi. Mais ce que la photographe a su faire, c'est m'ôter ce regard extrêmement sévère. Elle pose sur vous un regard bienveillant. Vous vous voyez comme vous aimeriez vous voir, mais en fait, c'est vous ! Sans le filtre négatif que vous vous mettez tous les jours. On a tous ces matins où on se regarde dans le miroir et où on se dit que ça va être compliqué', mais ces photos me sont restées en tête."

Europe 1
Par Anaïs Huet