Après le drame de Beyrouth, inquiétudes sur le nitrate d'ammonium stocké en Loire-Atlantique

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L'entreprise Yara, qui produit des engrais, est présente dans plusieurs villes de France (photo d'illustration) 1:28
L'entreprise Yara, qui produit des engrais, est présente dans plusieurs villes de France (photo d'illustration) © AFP
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À Montoir-de-Bretagne, près de Saint-Nazaire, l'entreprise d'engrais Yara stocke plusieurs tonnes de nitrate d'ammonium, matière qui a provoqué l'importante explosion qui a ravagé la capitale libanaise. Même si d'importants dispositifs de sécurité sont en place, élus et associations veulent être "vigilants".
REPORTAGE

Depuis une semaine, le monde entier a les yeux rivés sur le Liban. La capitale du pays, Beyrouth, a été détruite à moitié en raison de deux explosions dans le port, mardi 4 août. L'importance des déflagrations, d'après les premiers éléments de l'enquête, ont été provoqués en raison du stock conséquent de nitrate d'ammonium entreposé dans un des hangars. Ce composé, servant à la production d'engrais mais aussi d'explosifs, était déjà à l'origine de l'explosion de l'usine AZF à Toulouse en 2001. Les regards se tournent donc désormais vers les nombreux sites français qui détiennent du nitrate d’ammonium.

"Il convient d'être vigilant"

"Je pense qu'il y a cette notion du 'on vit avec' et puis je pense que pour beaucoup, ils ne savent pas ce qui est fabriqué dans l'usine Yara", explique Marie-Aline Leclerc, présidente de l'Association dongeoise des zones à risques (ADZRP). Pour elle, le danger est intégré, comme fondu dans le décor. Car à Montoir-de-Bretagne, à proximité de Saint-Nazaire, à côté de la raffinerie et du terminal pétrolier, se trouve une usine de l'entreprise Yara, le leader mondial des engrais. 

D'importants stocks de nitrate d'ammonium, le même composé qui a rayé une partie de la carte de la capitale libanaise, y sont donc conservés. Mais contrairement à Beyrouth, le stockage y est sécurisé, selon les constatations lors d'une récente visite de Thierry Noguet, le maire de la commune. "Il convient d'être vigilant, mais chez Yara le matériau est disposé en bagues, ce qui est un peu plus sécurisant", explique-t-il. 

Yara, une entreprise plusieurs fois rappelée à l'ordre

Sauf que l'entreprise est loin de faire l'unanimité. Yara (qui n'a pas souhaité répondre aux sollicitions d'Europe 1, ndlr) a plusieurs fois été rappelée à l'ordre pour des rejets polluants dans la Loire et dans l'air. Même Thierry Noguet le reconnaît : son pouvoir de maire est limité. "On a un pouvoir de police sur notre ville, mais pour une entreprise, si ce n'est alerter, à partir du moment où on a connaissance d'un dysfonctionnement sur la sécurité", il n'y a pas d'autres choses à faire, à entendre l'élu.

Lubrizol encore dans les têtes

Si le plan de prévention des risques technologiques prévoit de prendre en charge l’aménagement d'une pièce de confinement en cas de problèmes, à peine un tiers des 160 habitations concernées par le PRRT sont équipées. De quoi inquiéter les habitants, qui se rappellent qu'il y a un peu moins d'un an, l'usine Lubrizol prenait feu à Rouen et déclenchait une importante catastrophe industrielle. Le site était classé "Seveso" (ce qui permet de disposer d'un haut niveau de prévention, ndlr), comme le sont toutes les installations stockant plus de 1.250 tonnes de nitrates d'ammonium. 

Europe 1
Par Charles Guyard, édité par Ariel Guez