Agressions de journalistes et pressions sur les médias : l'intolérance à la liberté d'informer s'accroît, selon l'ODI

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L'Observatoire de la déontologie de l'information estime que les pressions et attaques contre les journalistes et les médias se sont encore accrues en 2018.
L'Observatoire de la déontologie de l'information estime que les pressions et attaques contre les journalistes et les médias se sont encore accrues en 2018. © LUDOVIC MARIN / AFP
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L'Observatoire de la déontologie de l'information a estime, dans un rapport présenté jeudi, que les pressions et attaques sur les journalistes et les médias se sont accrues en 2018, notamment de la part de la classe politique et des "gilets jaunes". 

Les pressions et attaques contre les journalistes et les médias se sont encore accrues en 2018, au sein de la classe politique comme des "gilets jaunes", une menace pour le bon fonctionnement de la démocratie, a estimé jeudi l'Observatoire de la déontologie de l'information.

Un "média bashing" renforcé. Cet organisme, qui regroupe des particuliers, des professionnels et des médias, tire la sonnette d'alarme depuis plusieurs années, et avait notamment dénoncé le "média bashing" ambiant durant la présidentielle de 2017, mais dresse un constat encore plus négatif dans ce nouveau bilan.

"Le problème n'est pas neuf. Mais il s'aggrave jusqu'à devenir une menace pour le fonctionnement de la démocratie", s'alarme l'ODI, dans son rapport annuel présenté ce jeudi par son président Patrick Eveno aux Assises du journalisme de Tours.

De la part de la classe politique... "L'intolérance à la liberté d'informer s'est manifestée de la part de politiques, d'entreprises, d'organisateurs de spectacles, de clubs sportifs et de groupes de citoyens", résume l'ODI, jugeant que "l'acmé de ces critiques est la phrase d'Emmanuel Macron en juillet 2018", prononcée au moment de l'affaire Benalla : "Nous avons une presse qui ne cherche plus la vérité".

L'ODI rappelle également les propos de Jean-Luc Mélenchon, le chef de file de la France insoumise, qui avait estimé que "la haine des médias et de ceux qui les animent est juste et saine", traité les journalistes de franceinfo enquêtant sur son parti d'"abrutis" et de "menteurs", et appelé ses partisans à les "pourrir".

... et des "gilets jaunes". L'ODI revient également sur le mouvement des "gilets jaunes", qui a "engendré son cortège de pressions, verbales et physiques, sur l'information". Et il cite les nombreux cas "d'intimidations et d'agressions" recensés lors des manifestations, et les "pressions pour influencer un contenu rédactionnel ou des mouvements de blocage pour empêcher la parution de quotidiens" dans plusieurs régions.

Ces incidents en tous genres "ont été fréquents et doivent être dénoncés", souligne l'ODI, qui estime que si la critique des médias est légitime et nécessaire, "des limites ont été franchies, qui mettent en cause le fonctionnement de la société démocratique". 

L'ODI n'exonère cependant pas les médias, qui "ont parfois mis un certain temps à se saisir des causes et du sens de ce mouvement social". Et rappelle qu'il est de leur devoir "de regarder, de rapporter et d'analyser l'ensemble de la société, et pas seulement ce qui passe par les filtres des élites et des pouvoirs".

Un conflit entre le PSG et L'Équipe. L'Observatoire cite en outre des problèmes moins médiatisés, comme les tensions entre certains clubs sportifs et les médias qui les couvrent, tels que le Paris Saint-Germain et L'Équipe, dont les journalistes ont été exclus d'une conférence de presse par le club, mécontent d'articles que le quotidien lui avait consacrés.

Pour la mise en place d'un conseil de déontologie de la presse. L'ODI a par ailleurs profité de la publication de ce rapport pour défendre une nouvelle fois l'instauration en France d'un conseil de déontologie de la presse, qui, estime-t-il, pourrait lutter contre ce type de pressions et d'interférences, et faire office de médiation "lorsque le public a le sentiment que la déontologie du journalisme n'a pas été respectée".