Affaire Matzneff : "Le temps complique l'enquête pénale"

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© Pierre GUILLAUD / AFP
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Une enquête pour viols a été ouverte vendredi contre l’écrivain Gabriel Matzneff, 24 heures après la publication du livre de Vanessa Springora, où elle raconte sa relation consentie, mais sous emprise, lorsqu'elle avait 14 ans et lui 50. L'éventuelle prescription des faits est l'un des points sur lesquels l'enquête devra trancher. 

L’affaire Matzneff prend un tournant judiciaire avec l’enquête pour viols sur mineurs ouverte vendredi par le parquet de Paris. Soit 24 heures à peine après la publication du livre Le Consentement, dans lequel Vanessa Springora raconte sa liaison consentante, mais sous emprise, avec l'écrivain dans les années 1980, alors qu'elle avait 14 ans et lui 50. Les faits pourraient être prescrits mais l’enquête, confiée à l’Office central de répression des violences faites aux personnes (OCRVP) va devoir trancher de nombreux points.

Dater précisément les faits

Les magistrats ont étudié attentivement le livre et ils se posent la question du consentement réel de Vanessa Springora. Elle a toujours dit que ses relations avec Gabriel Matzneff étaient consenties, sous emprise, et la différence d’âge entre elle et l’écrivain, plus de 35 ans, peut entrer dans la définition de la contrainte qui constitue un viol. L’intérêt d’une telle enquête est justement de dater précisément les faits, de les qualifier, d’identifier les potentielles victimes, puis en fonction de leurs dates de naissance, et donc de l’âge de leur majorité, de vérifier s’il y a bien prescription, ou non.

Reste à savoir si le temps écoulé depuis les faits permettra, ou non, aux enquêteurs de recueillir des éléments probants. "Le temps fait son oeuvre, ce qui complique l'enquête pénale", souligne Florent Boitard, délégué de l'Union Syndicale des magistrats au micro d'Europe 1. Plus le temps passe, "plus les preuves et témoignages sont difficiles à obtenir", appuie-t-il. 

Mais le parquet ne pense pas qu’à Vanessa Springora. Gabriel Matzneff n’a jamais caché ses multiples conquêtes mineures, et a publié ses journaux intimes jusqu’à novembre dernier. Des victimes plus récentes pourraient se manifester. Il avait également raconté des relations avec de tous jeunes garçons prostitués aux Philippines, c’est pourquoi les magistrats mentionnent des faits en France et à l’étranger.

Europe 1
Par Salomé Legrand, édité par Laetitia Drevet