Pierre Verdrager 1:51
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Céline Brégand
Dans son livre "Le Consentement", sorti jeudi, Vanessa Springora raconte sa relation sous emprise, à 14 ans, avec l'écrivain Gabriel Matzneff aux pratiques pédophiles assumées. Pierre Verdrager, sociologue et chercheur, estime sur Europe 1 que "le livre de Vanessa Springora est un excellent instrument de compréhension des choses".
INTERVIEW

Gabriel Matzneff, 83 ans, est mis en cause dans le livre Le Consentement de l'éditrice Vanessa Springora, sorti jeudi, qui raconte sa relation sous emprise avec l'écrivain, 50 ans à l'époque, alors qu'elle n'avait que 14 ans. Invité du grand journal du soir, Pierre Verdrager, sociologue, chercheur et auteur de L’enfant interdit, comment la pédophilie est devenue scandaleuse ? (Armand Colin, 2013) a loué l'utilité et la subtilité du livre de Vanessa Springora. 

"Gabriel Matzneff n'a pas de retour de la réalité. Il est dans son monde intérieur"

"La contribution de Vanessa Springora est tout à fait importante. Elle marque un tournant majeur dans l'histoire de cette problématique. C'est la première fois qu'une victime de Gabriel Matzneff prend la parole pour raconter ce qu'elle a vécu", a souligné le sociologue Pierre Verdrager. Il a noté la façon "particulièrement subtile, avec beaucoup de nuances et sans exigence, ou sans arrière-plan de règlement de compte" dont Vanessa Springora a raconté son histoire, ce qui fait selon lui la force de ce livre. 

Dans un long texte adressé à l'hebdomadaire l'Express, Gabriel Matzneff a déclaré : "Ce livre, je ne le lirai pas [...] Je préfère me contenter des dizaines de lettres d'amour fou que Vanessa m'a écrites." Pour Pierre Verdrager, "on ne peut pas compter sur lui pour avoir le moindre espoir de compréhension du sens du message de Vanessa Springora". Il ajoute : "Il suffit de lire le livre de Vanessa Springora pour se rendre compte que Gabriel Matzneff n'a pas de retour de la réalité. Il est dans son monde intérieur."

"Le livre de Vanessa Springora est un excellent instrument de compréhension des choses"

Le sociologue, auteur d'un livre sur la pédophilie, est également revenu sur le fait que, dans les années 70, dans les milieux intellectuels, artistiques, littéraires, "il était de bon ton de considérer que la pédophilie pouvait faire l'objet d'une forme de légitimation". Il explique que "toute une série d'acteurs étaient engagés dans cette cause, une partie du mouvement gay était partie prenante dans ce combat. On pensait que tout pouvait faire l'objet d'une libération". 

Ce n'est que dans les années 90 qu'un mécanisme inverse se met en place. "On commence à prendre conscience que les victimes des pédophiles ne sont pas du tout enchantées d'avoir subi ce qu'elles ont subies et commencent à raconter cette expérience", raconte-t-il. C'est à ce moment que toute une série de dispositifs se mettent en place, à commencer par les associations de protection de l'enfance qui se multiplient. "S'agissant du mouvement LGBT, la coupure apparaît au milieu des années 90. L'organisation internationale homosexuelle se sépare du mouvement pédophile en 1994", ajoute-t-il. 

"Ce que j'enjoins aux auditeurs d'Europe 1 est de se saisir du livre et de se donner la possibilité de comprendre ce qui s'est passé parce que là je crois que nous entrons véritablement dans cette phase", souligne le sociologue qui ajoute : "Le livre de Vanessa Springora est un excellent instrument de compréhension des choses".