Biodiversité : comment l'herbier du Muséum national d'Histoire naturelle participe à sa conservation

, modifié à
  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Partagez sur :
Parmi les éléments qui constituent la biodiversité et qui sont en danger, on trouve les végétaux. Marc Jeanson, botaniste, et Charlotte Fauve, ingénieure paysagiste et journaliste, détaillent mercredi comment l'herbier du Muséum national d'Histoire naturelle participe à leur conservation.
LE TOUR DE LA QUESTION

Alors que le Sommet international sur l'état de la biodiversité se poursuit jusqu'à samedi à Paris, François Clauss et ses invités Marc Jeanson, botaniste et responsable de l’herbier du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris, et Charlotte Fauve, ingénieure paysagiste, journaliste, tous deux co-auteurs de Botanistes (aux éditions Grasset) s'intéressent au règne du végétal. Ils expliquent sur Europe 1 comment l'herbier du Muséum, qui recense plusieurs millions d'espèces végétales, participe à la conservation de la biodiversité. 

De quoi est constitué l'herbier du Muséum d'Histoire naturelle ?

La collection du Muséum contient pas moins de huit millions de spécimens de végétaux, ce qui en fait la plus grande collection au monde. "Mais elle continue à s'enrichir quotidiennement grâce aux botanistes. Il y a une continuité à travers les âges. On prélève, on presse et on sèche toujours des végétaux", rappelle le responsable de l’herbier du Muséum.

"C'est une collection qui s'est constituée au fil des siècles grâce au travail minutieux de centaines de botanistes", décrit Marc Jeanson. L'herbier se présente sous forme de nombreux "compactus", ces grandes armoires que l'on ouvre avec une manivelle, composées d'alvéoles qui contiennent des liasses de plantes regroupées dans des chemises de plusieurs couleurs selon leur provenance. Les fragments peuvent être des fleurs, des feuilles ou encore des fruits et des écorces.

>> De 9h à 11h, c’est le tour de la question avec François Clauss. Retrouvez le replay de l’émission ici

Comment conserve-t-on tous ces prélèvements de végétaux ?

"Au 18ème siècle, les botanistes trempaient les fragments de végétaux dans des bains de mercure ou des sels de cyanure" pour les conserver, raconte Marc Jeanson. Des méthodes qui ne sont plus utilisées depuis longtemps. Jusqu’à peu, les spécialistes utilisaient des pesticides en traitements préventifs ou curatifs, "mais aujourd'hui tout se fait par le froid. On passe les spécimens en chambre froide pour éliminer tous prédateurs potentiels, soit des insectes ou des moisissures", détaille le responsable de l'herbier.

Par ailleurs, grâce aux travaux de modernisation du Muséum national d'Histoire naturelle qui se sont terminés en 2013, des systèmes de climatisation et de contrôle de l'hygrométrie participent à cette conservation. Enfin "une attention minutieuse à la manipulation des spécimens [est apportée] puisque l'une de nos missions est de transmettre cette collection aux générations futures", précise Marc Jeanson.

À quoi sert cet herbier ?

"Grâce à ces collections, on a une documentation très précise" de l'état de la flore, explique Marc Jeanson. "On sait à quel endroit et à quelle date ce spécimen a été collecté mais aussi une quantité d'autres informations" grâce aux étiquettes qui accompagnent chaque spécimen répertorié. "On peut ainsi documenter à travers des siècles la façon dont la flore du monde a évolué, la façon dont les espèces peuvent se déplacer ou disparaître." À travers cet herbier, "on peut voyager de l'Afrique à l'Océanie", décrit Charlotte Fauve, co-auteur de Botanistes, mais aussi dans le temps car la collection regroupe 350 ans de collecte. "Et c'est en nommant, en décrivant et en étudiant ces végétaux que l'on peut protéger la biodiversité", précise Marc Jeanson.

Comment choisit on le nom d'une plante ?

Charlotte Fauve rappelle qu'il s'agit avant tout d'un travail de terrain et d'observation. "Il faut définir la famille à laquelle la plante appartient. Il y a ensuite le nom de genre puis le nom d'espèce". Pour chacun de ces termes, on emploie le latin qui est la langue botanique. 

Mais le nom final du vivant revient à un auteur dont c'est le métier : le taxonomiste. Celui-ci est soumis au code de nomenclature botanique "car c'est un processus scientifique", précise Marc Jeanson. "Même si on peut honorer sa mère ou son ami, on a plutôt tendance à utiliser des noms faisant référence à la géographie ou à une particularité morphologique de l'espèce." 

Les + lus