Sida : pour l'Inspection générale des affaires sociales, l'ANSM a trop tardé avant d'autoriser le Truvada

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© capture d'écran de la campagne 2017
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Selon un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales, la procédure pour autoriser l'utilisation d'un traitement anti-VIH préventif, le Truvada, a été trop longue. Des centaines de contaminations auraient pu être évitées.

Trente-cinq mois. C'est le temps "anormalement long" qu'a duré l'instruction en France pour autoriser l'utilisation du Truvada, un médicament qui prévient la contamination au VIH d'une personne séronégative lors de rapports sexuels à risques, selon un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) que Le Monde s'est procuré.

Un processus qui a traîné en longueur. Le 24 janvier 2013, l'association AIDES saisit l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). À ce moment, le Truvada suscite le scepticisme, notamment de certaines associations de lutte contre le Sida. Dès lors, une cascade de lenteurs vont venir enliser le processus. Selon Le Monde, il faut quatre mois au laboratoire fabriquant le Truvada pour qu'il fournisse les documents nécessaires à l'instruction du dossier par l'ANSM.

Puis, pendant neuf mois, "aucun acte de procédure discernable n'est intervenu" de la part de l'agence. L'association Aides relance l'ANSM le 21 mai 2014, et ne reçoit une réponse de Marisol Touraine, alors ministre de la Santé, que le 7 juillet. Deux semaines plus tard, enfin, un comité scientifique est nommé par l'ANSM "afin de préparer la procédure spéciale dite de 'recommandation temporaire d'utilisation' par laquelle l'ANSM peut encadrer des prescriptions non conformes à l'autorisation de mise sur le marche", précise Le Monde.

Le 15 janvier 2015, soit quasiment deux ans après la saisine de l'ANSM par l'association AIDES, les membres du comité sont nommés et entament leurs travaux, qui s'achèveront fin 2015. Le feu vert à l'utilisation du Truvada n'est donné qu'en novembre 2015, et celle-ci n'est effective qu'en janvier 2016. Soit trois ans après la saisine.

Des contaminations qui auraient pu être évitées. Pour Bruno Spire, ancien président de l'association Aides, interrogé par France Inter, "l'administration, et de nombreux membres du corps médical, ont une responsabilité dans le fait que des personnes ont été contaminées pendant cette période alors qu'elles auraient pu bénéficier d'un accès précoce". Le Monde rappelle que le retard pris par l'ANSM dans ce dossier est "d'autant plus étonnant que la prévention médicamenteuse n'est une nouveauté ni en médecine en général ni dans le domaine du VIH".

Selon le rapport de l'IGAS, qui se base sur des données de la direction générale de la santé, le nombre de contaminations évitées (grâce à ce traitement) serait potentiellement de "1.666 à 4.000". Aujourd'hui, environ 7.000 personnes en France utilisent le Truvada comme médicament préventif. Pour rappel, la France a été le premier pays en Europe à autoriser le Truvada.