Ce lundi soir, l’Assemblée nationale a acté l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Une mesure chère à Emmanuel Macron, qui souhaite la faire instaurer dès la rentrée 2026. Il en va pour le chef de l’État, de la santé mentale des adolescents.
TikTok, Snapchat, Instagram… Tant de plateformes qui sont au cœur du quotidien des adolescents. Dans un monde toujours plus connecté, dans lequel les interactions sociales numériques ont pris le pas sur la réalité, les nouvelles habitudes ne sont pas sans risque pour les jeunes en période de construction et de quête de repères.
C’est dans cette idée que le président de la République veut interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Une mesure passée en accéléré et largement adoptée par l’Assemblée nationale ce lundi soir. Pour la première fois depuis longtemps, la voix des députés a été presque unanime dans l’hémicycle qui en appelle à protéger la santé mentale de nos enfants. Mais justement, quels sont les impacts des réseaux sociaux sur les plus jeunes ?
Les réseaux sociaux "exploitent les vulnérabilités propres à cet âge"
Dans une vidéo diffusée samedi soir par BFM TV, Emmanuel Macron l’assure, “le cerveau” et “les émotions de nos enfants et adolescents ne sont pas à vendre ou à manipuler par les plateformes américaines et les algorithmes chinois”. Les plateformes et les algorithmes sont bel et bien à l’origine des effets délétères non seulement sur l’Homme en général, mais d’autant plus sur les adolescents, alors en pleine phase de construction.
Le 16 décembre dernier, l’ANSES publiait un rapport relatif aux “effets de l’usage des réseaux sociaux numériques sur la santé des adolescents” et le constat est sans appel. En guise d’introduction, l’agence de santé avertit que “les réseaux sociaux tels que conçus aujourd’hui pour capter l’attention et maintenir l'engagement exploitent les vulnérabilités propres à cet âge”. Autrement dit, les réseaux sociaux sont pensés et faits de sorte à ce que les adolescents plongent facilement dans une spirale qui ne les laissent pas en sortir facilement.
Et pour cause, il ne faut pas oublier que les géants de la tech cherchent à générer des bénéfices. En ce sens, un autre amendement porté par la députée socialiste Ayda Hadizadeh a été adopté, afin que les plateformes “garantissent que les mineurs ne sont pas exposés à une pression commerciale excessive”.
Le système économique des réseaux sociaux reposant essentiellement sur la publicité et le temps de consommation, il est donc dans leurs propres intérêts que les utilisateurs passent un temps immodéré sur leurs plateformes. Dans cette idée, ils sont nombreux à par exemple avoir supprimé l’horloge sur l’écran d’affichage, pour nous faire oublier le temps que nous y passons. Or, ceci n’est pas sans conséquence.
Un temps d’usage excessif
Le temps d’usage des téléphones ne cesse d’augmenter d’année en année. Selon le rapport de l’ANSES, 90% des 12-17 ans utilisent quotidiennement un smartphone pour se connecter aux réseaux sociaux. Le baromètre du numérique du Credoc, va plus loin encore en assurant que 42% des jeunes Français du même âge, passent entre deux et cinq heures sur leur écran et qu’ils sont 9% à dépasser ces cinq heures.
Or, comme le rappelle l’ANSES, ce temps passé sur les écrans a des effets directs sur le sommeil, surtout s’ils sont utilisés le soir. Non seulement cela retarde l’heure du coucher, mais a en plus des conséquences au réveil.
Appuyée par l’Assurance maladie, cette dernière rappelle qu’un mauvais sommeil entraîne des somnolences la journée, des troubles de la mémoire, un manque de motivation, mais aussi des troubles de l’humeur tels que l’irritabilité ou un stress accru. Ceci peut avoir d’autant plus de conséquences sur le plan mental étant donné que sur le temps long, les adolescents peuvent présenter des symptômes dépressifs.
Des troubles dépressifs
Les symptômes dépressifs reviennent de manière récurrente dans les différents troubles liés à l’usage des réseaux sociaux. Or, ils sont déjà largement ancrés dans les troubles chez les jeunes, depuis de nombreuses années.
Effectivement selon une étude de Santé publique France, 4,5% des jeunes de 17 ans présentaient des symptômes anxio-dépressifs en 2017, contre 9,5% en 2022. Dans une autre étude de la Cour des comptes datant de 2023, ce même syndrome a doublé chez les grands adolescents (plus de 16 ans), entre 2019 et 2020, le faisant ainsi passer de 10,1% à 22%.
Un mal-être déjà induit par les affres de l'adolescence, période durant laquelle la gestion et la régulation émotionnelle et comportementale est ardue ; mais qui l'est d’autant plus en raison des réseaux sociaux, selon les experts interrogés par l’ANSES.
Ces derniers les présentent d’ailleurs comme l’une des résultantes possibles aux problèmes liés à la dévalorisation de soi, aux comportements à risques et à l’exposition au cyberharcèlement, induits par les réseaux sociaux.
L’utilisation accrue des “selfies”, la mise en scène de soi jouxtée aux injonctions sociales liées essentiellement à l’image de son corps, les vagues de haine des autres utilisateurs, sont d’autant de facteurs qui poussent les adolescents à avoir une mauvaise appréciation de leur corps et de leur physique et à donc s’adapter de la mauvaise manière.
Les adolescents vont ainsi développer des troubles alimentaires tels que l’anorexie, la boulimie ou encore la dysmorphie ; ou aller jusqu’à l’automutilation voir la tentative de suicide. Une horreur qui n’est pas sans rappeler le passage à l’acte de Camélia, le 13 janvier dernier à la gare de Villeparisis-Mitry-le-Neuf. Après une vague de harcèlement dans les couloirs de son lycée mais également en ligne, l’adolescente de 17 ans avait mis fin à ses jours.
Les jeunes filles davantage victimes
“24% des lycéens déclarent avoir eu des pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois” et “13% avoir déjà fait une tentative de suicide au cours de leur vie”, révélait l’étude EnCLASS 2022, réalisée par Santé publique France. Or, la proportion est “deux fois plus importante chez les filles (17,4%) que chez les garçons (8,4%)”.
Si dans cette enquête, les raisons de tels passages à l’acte, et donc l’usage des réseaux sociaux, n’est pas mis en avant, pour l’ANSES il ne fait pas de doute que ces derniers ont aujourd'hui une part de responsabilité.
Dans son enquête, l’agence de santé explique que les jeunes filles usent davantage et différemment des réseaux sociaux que leurs camarades masculins. Non seulement, elles auraient tendance à plus se mettre en scène mais aussi à accorder aux contenus numériques “un engagement émotionnel plus marqué”.
Comme le mettait d’ailleurs en lumière un reportage Europe 1 en novembre dernier, des plateformes comme TikTok poussent les jeunes filles aux gestes d’automutilation et aux tentatives de suicide.
Afin de lutter contre ces dérives, les parlementaires européens tout comme l’ANSES appellent à une prise de conscience et à l’instauration de garde-fous, afin de préserver la santé mentale des adolescents. Si les réseaux sociaux présentent tout de même une multitude d'aspects positifs, comme le développement de la créativité, il est important de protéger les jeunes des dérives néfastes.