Pourquoi et comment rééduquer son périnée après une grossesse

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Après une grossesse, le périnée d'une femme a été mis à rude épreuve. Cela peut se traduire notamment par une descente d'organes, une incontinence urinaire ou anale. Pour éviter ces symptômes, Sylvie Bellicocq, kinésithérapeute, insiste au micro de "Sans Rendez-vous" sur l'importance de la rééducation du plancher pelvien. Elle revient également en détail sur le déroulé de cette dernière.

Ce sont certainement les épreuves les plus difficiles pour le corps d'une femme : la grossesse et l'accouchement. Ces deux étapes, indispensables pour donner la vie, peuvent mettre à rude épreuve le périnée et mener à de nombreux désagréments. Car le périnée est "l'ensemble de la musculature qui va venir fermer le bassin", détaille au micro de "Sans Rendez-vous Sylvie Bellicocq, kinésithérapeute et présidente du Conseil scientifique de l’Association Française de Rééducation en pelvi-périnéologie.

Des facteurs qui peuvent générer des troubles

Or, les affres du temps, une prise de poids, l'anorexie, la grossesse et l'accouchement sont autant de facteurs qui vont favoriser des troubles de ce que l'on appelle aussi plancher pelvien, et peuvent mener à une descente d'organes, à une incontinence urinaire ou anale. Et cela est d'autant plus vrai pendant l'accouchement : celui-ci "va générer à la fois un étirement du muscle périnéale, mais aussi une compression de ce dernier". La combinaison de ces deux facteurs peut alors entraîner des lésions musculaires et des troubles du plancher pelvien.

L'importance d'un bilan après l'accouchement

C'est pour cela que Sylvie Bellicocq insiste sur la nécessité de faire un bilan pelvi-périnéen, généralement entre la sixième et la huitième semaine après l'accouchement. Mais ce délai n'est pas gravé dans le marbre, loin de là. En cas de "symptômes très importants, ils sont à prendre en charge le plus vite possible. D'autant que l'incontinence est l'un des symptômes de la dépression post-partum". La spécialiste se veut néanmoins rassurante et rappelle que "85% des incontinences urinaires post-partum se résorbent spontanément dans les trois mois" qui suivent l'accouchement. 

Mais le bilan pelvi-périnéen a aussi une autre utilité : dépister les anomalies anatomiques. Car dans 75% des cas, les "descentes d'organes modérées, qui sont relativement fréquentes après l'accouchement, sont asymptomatiques", indique la kinésithérapeute. 

Concrètement cet examen se déroule en deux temps. Tout d'abord "on interroge la patiente sur les symptômes et on en détermine la sévérité" des anomalies. Puis vient l'examen clinique en lui même. Le kinésithérapeute ou la sage-femme procède alors notamment à un toucher vaginal. À l'issue de ce bilan, le spécialiste détermine si une rééducation est nécessaire. 

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La rééducation pour "maîtriser la contraction volontaire"

Direction alors le cabinet d'un kinésithérapeute qui va mettre en place un programme personnalisé de rééducation remboursé par la Sécurité sociale. Ici, la femme doit (ré)apprendre à "maîtriser la contraction volontaire [de son périnée] avant de pouvoir le renforcer". Pour ce faire, outre les "techniques manuelles qui sont la base" du procédé, on peut utiliser la technique dite du biofeedback. Grâce à une sonde vaginale reliée à un écran qui enregistre l'activité des muscles périnéaux pendant la contraction, on obtient un tracé en temps réel de l'activité musculaire". Cela permet à la patiente "de prendre plus facilement conscience d'un relâchement musculaire par exemple".

Une fois la contraction volontaire maîtrisée et quelques exercices enseignés vient le temps de la vraie rééducation. "On apprend au cabinet et on se rééduque à la maison", résume au micro d'Europe 1 Sylvie Bellicocq. Et de fait, la patiente va devoir réaliser des contractions brèves ou tenues, dans des situations quotidiennes comme la marche ou les transports en commun.

L'un des exercices les plus connus en la matière est certainement celui dit du "stop pipi", qui consiste, comme son nom l'indique, à s'interrompre volontairement pendant la miction. Mais c'est un exercice contre-productif car "on perturbe la vidange vésicale", explique la kinésithérapeute. Il est revanche possible de réaliser cet exercice lorsqu'on n'urine pas. 

"Il n'y a pas d'âge" pour exercer son périnée

Point "extrêmement important" soulevé par Sylvie Bellicocq, "il n'y a pas d'âge" pour exercer son périnée. La vieillesse étant un des facteurs de troubles du périnée, entraîner ce dernier peut être une bonne idée. D'autant que "les femmes âgées peuvent en attendre les mêmes bénéfices que des femmes plus jeunes", précise l'experte. 

Europe 1
Par Ugo Pascolo