PMA : "On ne sait pas toujours ce qu'apporte un père, mais on sait ce que son absence provoque"

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L'Académie nationale de médecine estime dans un rapport publié samedi que "la conception délibérée d'un enfant privé de père" n'est "pas sans risques". Le médecin Jean-François Mattei, qui en est membre, s'explique sur Europe 1.
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Alors que débute mardi à l'Assemblée l'examen de la loi de Bioéthique, voilà un rapport qui ne manquera pas d'alimenter les débats sur l'une des mesures phares : l'extension de la PMA à toutes les femmes. L'Académie de médecine a en effet pris position samedi en émettant de sérieux doutes sur cette mesure. L'Académie estime ainsi que "la conception délibérée d'un enfant privé de père" n'est "pas sans risques".

Ce qui est particulièrement pointé du doigt, ce sont les conséquences de l'absence d'un père sur le développement psychologique de l'enfant, comme l'explique au micro d'Europe 1 Jean-François Mattei, membre de l'Académie et ancien ministre de la Santé. "On ne sait pas toujours ce qu'apporte un père. Mais on sait ce que son absence provoque : un trouble psychologique, un manque au moment de l’épanouissement", estime le médecin spécialiste en pédiatrie et en génétique médicale.

"Un enfant voulu par deux femmes ne manquera pas d'amour, pas du tout. Mais un enfant se construit aussi dans la vie, il a besoin de se projeter, d'avoir des modèles, de se référer à l'autre sexe que celui qui l'entoure à la maison. Il ne peut pas ne pas se poser de questions" sur son père biologique, poursuit Jean-François Mattei.

Des contre-arguments jugés "peu convaincants" 

"L'argument régulièrement avancé pour rejeter le risque pour l'enfant se fonde sur certaines évaluations, essentiellement dans quelques pays anglo-saxons et européens, faisant état de l'absence d'impact avéré sur le devenir de l'enfant", écrit l'Académie dans son rapport. Mais elle "ne juge pas très convaincantes ces données au plan méthodologique, en nombre de cas et en durée d'observation sur des enfants n'ayant pas toujours atteint l'âge des questions existentielles".

Le projet de loi de bioéthique sera débattu à partir de mardi à l'Assemblée, promettant des débats intenses sur l'extension de la PMA à toutes les femmes. Selon ses statuts, l'Académie nationale de médecine peut être saisie d'une demande d'avis par le gouvernement et peut aussi s'autosaisir sur toute question concernant les domaines de la santé et de l'éthique médicale.

Europe 1
Par Europe1.fr avec AFP