Origines, traitements, symptômes : trois choses à savoir sur la rosacée

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La rosacée touche plus les femmes que les hommes 5:39
La rosacée touche plus les femmes que les hommes © ID 422694 / PixaBay
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Le spécialiste Pr Bernard Cribier, chef du service de dermatologie aux hôpitaux universitaires de Strasbourg et membre de la société française de dermatologie, fait le point sur la pathologie de peau appelée rosacée, dans l'émission "Sans rendez-vous" mardi.
DÉCRYPTAGE

La rosacée, qu’on appelle parfois l’acné rosacée, n'a rien avoir avec l’acné. Il s'agit d'une pathologie de la peau qui touche 2 à 3% de la population française, plutôt les personnes à peau claire et deux fois plus de femmes que d’hommes, selon le site de l'Assurance maladie. Connaissez-vous les symptômes ? Quelles en sont les causes et comment se traite-t-elle ? Bernard Cribier, chef du service de dermatologie aux hôpitaux universitaires de Strasbourg et membre de la société française de Dermatologie, répond mardi aux questions de Mélanie Gomez et Jimmy Mohamed dans Sans rendez-vous

Quels sont les symptômes de la rosacée ?

"La rosacée est une maladie cutanée qui touche les petits vaisseaux sanguins du visage. Elle provoque des rougeurs, de la couperose voire des lésions plus importantes", selon l'Assurance maladie. Elle peut aussi se traduire par l'apparition de petits boutons.

La rosacée ne touche par ailleurs "que le visage" contrairement à l'acné, qui peut se répandre dans le dos ou sur le décolleté, précise le professeur Bernard Cribier sur Europe 1. La couperose va donner des petits vaisseaux dilatés, notamment sur les joues.

Par ailleurs, un tiers des personnes atteintes par la maladie ont des symptômes au niveau de l'œil. "La rosacée s'associe dans l'œil avec un phénomène de sécheresse particulier" avec "une sensation de grain de sable dans l'œil, des irritations, des conjonctivites, des croûtes le matin sur la paupière…", énumère le médecin.

Et contrairement à certaines idées reçues, elle ne touche pas que les personnes âgées. Si elle peut se déclarer vers 20-30 ans, le pic de fréquence de la pathologie est environ à 40-50 ans. Les formes les plus communes ont tendance à toucher davantage les femmes que les hommes. "Il y a une majorité de femmes qui ont le visage rouge, des boutons. Les hommes, eux, ont une chose particulière à la rosacée : l'épaississement du nez qui va se déformer progressivement et qui va donner cet aspect que l'on appelle le rhinophyma. Avec, au centre du visage, un nez bosselé, avec la peau qui s'épaissit. Pour le reste, c'est principalement des femmes" qui sont touchées, explique le professeur.

Pour les patients, c'est une maladie qui peut être douloureuse. "Les patients se plaignent beaucoup parce que ça brûle, c'est une sensation d'inconfort du visage, c'est plus désagréable que l'acné. Il y a une sensation d'hyper sensibilité du visage, les gens supportent mal toutes sortes de produits, même l'eau. Spontanément ça fait mal, ca brûle, ça picote. Donc c'est très gênant à la base", souligne Bernard Cribier. Selon lui, il y a également une souffrance sociale à cette maladie. "Personne n'a envie d'avoir le visage rouge, tout le pense que vous buvez, que vous êtes timide, que vous êtes en colère… Le rouge dans le visage, c'est jamais quelque chose de très positif. C'est une souffrance qui est importante", insiste Bernard Cribier.

"Avec le temps, la maladie va avoir tendance à s'aggraver, ça évolue un peu par poussée, et si on ne fait rien, la rougeur a tendance à s'accentuer avec le temps, on peut avoir des poussées de boutons un peu plus importantes et c'est finalement un problème qui va rester chronique avec des aggravations possibles. Il y a des gens chez qui ça reste assez stable, on ne peut pas le prévoir", précise le dermatologue, selon qui la maladie, si elle peut empirer, ne peut pas partir avec le temps. "C'est un processus chronique, une fois que la rougeur s'installe, ça va rester, en revanche, ce qui peut survenir une fois de temps en temps, ce sont les boutons, mais le fond rouge a tendance à rester stable ou s'aggraver", tranche-t-il.

Quelles sont les causes de la maladie ?

Si les causes de la rosacée sont encore peu connues par les scientifiques, l'hérédité est considérée comme un des déclencheurs possibles. Plusieurs phénomènes aggravent par ailleurs les symptômes. Ainsi, l'alcool n'est pas responsable de cette maladie, c'est un préjugé qui a la peau dure. Toutefois, "il peut déclencher les flushs (quand le visage devient tout rouge) mais ce n'est pas vraiment la cause", explique Bernard Cribier. "En revanche, le rhinophyma est lié à la consommation excessive d'alcool. Plus on boit quand on a un terrain prédisposé plus on a un nez qui grossit", nuance-t-il.

L'exposition aux fortes chaleurs peut quant à elle être une cause de la maladie, du moins un facteur aggravant. "Ceux qui travaillent en contact avec une chaleur très intense ont très souvent une rosacée, une rougeur diffuse du visage, la peau qui s'épaissit", selon le dermatologue. D'autre part, pour les personnes qui ont la peau claire, sensible, fragile, les yeux clairs, "l'exposition à l'air chronique est un des facteurs d'aggravation", ajoute-t-il. 

Sans déclencher la pathologie, les grandes variations de températures peuvent là aussi empirer le phénomène. Ainsi, les habitants des pays continentaux sont plus touchés par ce phénomène, "comme si le visage avait un défaut d'adaptation à ces changements de température importants", explique encore Bernard Cribier.

Enfin, il y a un lien avec les acariens qui vivent dans nos follicules, et principalement sur le nez. Ils sont plus nombreux chez les hommes que chez les femmes, surtout quand on vieillit. "Dans la rosacée, on a une augmentation du nombre de ces parasites, même si on ne sait pas exactement pourquoi", précise le dermatologue.

Comment guérir la rosacée ?

Il n'y a malheureusement pas de solution miracle pour se débarrasser de cette pathologie cutanée. "On ne sait pas la guérir", selon le professeur Cribier, mais "on sait la prendre en charge et on donne des réponses".

Il y a des comportements à éviter, comme une trop importante consommation d'alcool, qui peut déclencher ces bouffées et ces flushs. Il faut également faire attention au soleil, et pourquoi pas utiliser des crèmes solaires d'indice moyen (30) tous les jours, même en hiver, pour prévenir les rougeurs. "Il y a quand même de la lumière solaire même s'il y a moins d'UV", souligne le dermatologue. Le sport, lui, n'est pas contre-indiqué, sauf quand il fait très chaud et qu'il y a du soleil.

Pour aider à aller mieux, "on peut boire du café, qui a un petit effet protecteur", selon le spécialiste. De plus, il faut éviter les produits cosmétiques, les poudres et préférer des produits de maquillage fluide, avec un faible nombre d'ingrédients.

On peut également utiliser des crèmes au métronidazole, ou encore une crème à l'ivermectine, "des traitements qu'il faut envisager pendant au moins trois quatre mois". Mais comme il n'y a pas de guérison à proprement parler, des poussées de boutons risquent de revenir, dans ce cas "on recommence le traitement" ou "on fait une sorte de traitements d'entretien" qui "sont particulièrement utiles quand on a les boutons".

"La rougeur liée aux boutons va diminuer, mais la rougeur de fond non, il faudra autre chose". Pour ce problème-là, il existe des solutions comme "le traitement avec le laser à colorant pulsé, très utilisé par les dermatologues et qui peut donner de très bons résultats à la fois sur la couperose et sur la rougeur de fond". Une solution efficace, mais pas prise en charge.

Europe 1
Par Cécile de Sèze